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Les incertitudes de l'ALENA et le Manitoba : où s'en tenir ?

Du 23 au 27 janvier, les dirigeants du Mexique, des États-Unis et du Canada se rencontreront à Montréal pour discuter de l'avenir de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Bien des incertitudes planent sur cet accord et sur le possible retrait des Américains. Qu'en est-il pour le Manitoba ? Le professeur et économiste Faïçal Zellama fait le point.

Un texte de Marie-Lise Mormina

« Chacun a ses cartes », dit Faïçal Zellama. Les États-Unis, le Mexique et le Canada ont leurs objectifs. Même à l’intérieur du Canada, chaque province à ses combats. Ce sont des négociations, rappelle-t-il, et le Manitoba doit se faire entendre.

Les industries à risque

Au Manitoba, le secteur agroalimentaire sera la grande victime dans le cas d'un échec des négociations de l'ALENA, selon M.Zellama. Plus précisément, le secteur de la viande et celui des produits laitiers. Ces secteurs clefs pour l'économie de la province font déjà l'objet de nombreuses tensions avec les Américains.

Le boeuf de consommation est aussi rentable. Il y aurait environ 1,3 million de bovins destinés au marché de l'alimentation au Manitoba, ce qui représente environ 10 % de l'ensemble du bovin canadien de consommation, selon le site Internet de la province.

À long terme, les consommateurs seront touchés, dit Faïçal Zellama. L’ALENA a comme avantage d’offrir des prix compétitifs sur le marché, ce qui aide à régulariser l’inflation, explique le professeur. Ainsi, ajoute-t-il, sans l’accord de libre-échange, il y aurait un risque éventuel d’inflation plus prononcée.

« Il ne faut pas être perdant », dit Faïçal Zellama

L’économie du Manitoba est l’une des plus stables au Canada, estime l’économiste. Il ne faut pas attendre de perdre cet avantage compétitif et nous devons prendre notre destin en mains, affirme-t-il.

Comment ? Faïçal Zellama est d’avis qu’il doit y avoir des stratégies provinciales qui permettent aux industries de créer des liens avec les investisseurs et les acheteurs potentiels. Il souligne que plusieurs états américains comme le Montana ou le Dakota du Nord ont des intérêts communs avec le Manitoba et qu’ainsi, des ententes avec ces régions seraient bénéfiques.

La clé du succès : la productivité

Pour l’économiste, la province doit aider les producteurs, mais pas nécessairement avec des subventions directement aux entreprises. Il est plutôt question d’encourager la recherche et le développement pour être plus compétitif.

Réduire les coûts du transport de la marchandise serait aussi une solution, affirme M. Zellama. Cela permettrait d’ouvrir le marché canadien vers d’autres horizons et ainsi, aller chercher de nouveaux partenaires. Ainsi, on ne subventionne pas directement une entreprise, mais on l'aide à diminuer certains coûts, estime-t-il.

Diversifier le marché

Pour le professeur, les incertitudes de l’ALENA et de l'administration de Trump devraient être une opportunité pour le Canada. C’est le moment d'exercer un leadership avec d'autres partenaires, dit-il. Selon lui, les entrepreneurs d’ici doivent être visibles sur la scène internationale.

Est-ce que diversifier le marché insinue de délaisser le marché américain ? Aucunement, affirme Faïçal Zellama.

C’est aussi un marché où les exigences et la culture sont similaires, ce qui représente bien des occasions, conclut Faïçal Zellama.

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