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Les laissés-pour-compte de la transition numérique de Desjardins

Les deux pieds ancrés dans l'ère numérique, la majorité des Québécois peuvent effectuer leurs transactions bancaires par Internet. Par contre, pour près d'un Québécois sur cinq qui éprouve des difficultés en littératie et numératie, la tâche peut être ardue, voire angoissante.

Une texte de Marie-Josée Paquette-Comeau

Romain Lepage habite La Trinité-des-Monts, un village de l’arrière-pays de Rimouski.

Le Mouvement Desjardins a fermé le point de service de cette petite municipalité en 2014.

Sans voiture, Romain Lepage doit se rendre à Sainte-Blandine, à 34 kilomètres de chez lui, pour effectuer des transactions au comptoir de sa caisse. Il refuse d’utiliser Internet pour payer ses comptes.

Un sentiment qui est partagé par Berthe-Aline Brisson qui fréquente, tout comme Romain Lepage, le Centre de lecture, d'écriture et de formations (CLEF) Mitis-Neigette.

La coordonnatrice du CLEF Mitis-Neigette, Lucille Roy, comprend les réticences entourant l’utilisation des plateformes bancaires.

Elle explique que la volonté d'une personne d’effectuer ses transactions par Internet est proportionnelle à son niveau d'aptitudes en lecture et en écriture.

La dernière enquête du Programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) révèle qu'au Québec, près d'une personne sur cinq a un faible niveau de littératie et de numératie.

Selon le PEICA, parmi ceux qui ont un faible niveau de littératie, plus de la moitié ont 45 ans et plus. Parmi l'autre moitié, on retrouve 15 % de jeunes de 16 à 24 ans et 31 % de 25 à 44 ans.

Bien que les gens de 24 à 44 ans qui ont des problèmes de littératie peuvent naviguer sur Internet, Lucille Roy croit que les recherches qui sont effectuées sont limitées.

Depuis 2013, Desjardins a fermé 59 centres de services dans l'Est-du-Québec, ce qui force les membres à apprivoiser le web pour faire leurs transactions.

L’institution financière a mis en place diverses actions pour favoriser la transition numérique de ses membres en mettant à leur disposition du personnel pour les accompagner dans leur apprentissage. Lorsque cela ne suffit pas, plusieurs caisses de l’Est-du-Québec organisent un service de transport collectif, un service de covoiturage, offert par Desjardins, dont se prévaut Romain Lepage.

Il l'utilisera autant que faire se peut, tel un Gaulois du comptoir de la caisse.

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