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Les microbrasseries du Québec veulent déloger les bières importées

L'industrie québécoise des bières artisanales est en pleine effervescence, on le sait, et pour assurer cette croissance elle veut gruger des parts de marché des bières étrangères.

Un texte de Maxime Bertrand

Selon l'Association des microbrasseries du Québec, pour chaque pourcentage de part de marché que les brasseurs artisanaux vont enlever aux grands brasseurs traditionnels - les Labatt, Molson de ce monde -, les bières importées en obtiennent cinq fois plus.

C'est que les Québécois affectionnent les bières étrangères plus que celles qu'ils produisent. Mais selon Marc Godin, secrétaire-trésorier de l'Association et fondateur de la microbrasserie Les Brasseurs du temps, cela peut changer.

« C'est clair que la part de marché des bières importées est beaucoup plus importante que celle des microbrasseries encore », dit-il. « C'est ce qui fait qu'il y a beaucoup de place encore pour les microbrasseries de croître sans se cannibaliser entre elles, mais plutôt en concurrençant les bières de dégustation qui viennent de l'étranger. »

C'est la réponse de microbrasseries aux grands brasseurs traditionnels, qui laissent entendre que la croissance soutenue des brasseurs artisanaux est vouée à l'essoufflement.

« On a dans le fond une tempête parfaite : on a des parts de marché de manière globale en décroissance, des prix qui n'ont pas évolué depuis environ cinq à huit ans et de plus en plus de joueurs qui se battent pour les mêmes parts de marché », affirme le directeur général de l'Association des brasseurs du Québec, Patrice Léger Bourgoin.

Les microbrasseurs ne le voient pas du même oeil et Marc Godin est confiant.

« Actuellement, les microbrasseries ont seulement 9 % de parts de marché globalement parlant. Quand on pense que les importations de bières étrangères, c'est au-delà de 25 %, théoriquement, on pourrait presque doubler de parts de marché avec les microbrasseries sans se piler sur les pieds ».

Daleyne Guay, qui vient d'ouvrir une microbrasserie à Boucherville, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, estime que les Québécois doivent appuyer davantage leurs industries locales.

« Ce que l'on trouve triste en fait, c'est que les buveurs de bières importées pourraient faire un geste d'achat local en consommant des produits québécois - il y a d'excellentes bières de microbrasseries - au lieu [...] d'encourager des bières importées qui ne créent pas d'emploi au Québec et n'encouragent pas les producteurs locaux. »

Il mise d'ailleurs sur son produit qu'il dit novateur pour créer des adeptes. « On est la seule microbrasserie qui utilise exclusivement, tout au long de son processus de fabrication, des produits biologiques », fait-il valoir.

Biologiques ou non, les bières artisanales ont la cote au Québec. À preuve, après plusieurs années de baisse, en 2015, les ventes de bière ont enregistré leur plus importante hausse annuelle de la dernière décennie. Une augmentation de 4 % que l'on attribue en grande partie à l'engouement pour les microbrasseries.