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Les microdistilleries en expansion malgré des réglementations contraignantes

Comme les microbrasseries, les microdistilleries se sont multipliées de façon spectaculaire au cours des dernières années. Aux États-Unis, leur nombre est passé de 50 à 700 en moins de 10 ans. Au Canada, on retrouve aussi des vodkas, des brandys et des gins artisanaux de qualité. Mais les réglementations provinciales ne facilitent pas la vie des distillateurs artisanaux.

Un texte de Michel Marsolais

Le pari était risqué. Les actionnaires de la microdistillerie Cirka, de Montréal, ont dû investir pour installer leur alambic et leur chaîne de production avant même de pouvoir demander un permis de distillation.

Et comme ils ne produisent pas leurs céréales, ils ont dû demander un permis industriel, le même que Seagram ou Smirnoff. Le permis artisanal est réservé aux producteurs d’alcool de petits fruits qui cultivent ces derniers eux-mêmes.

« On est dans la même catégorie que les gros producteurs industriels, ce qui est malheureux, parce qu'on est vraiment artisanal. Mais selon la définition de la Régie, on l'est pas », de dire Joanne Gaudreau, actionnaire de la Distilleries Cirka.

Ainsi, pas question de pouvoir vendre leurs produits sur les lieux de production. À moins d'exporter, tout doit passer par la SAQ.

« On est vraiment en arrière ici au Québec vis-à- vis des autres provinces qui ont le droit de vendre leur produit sur les lieux. Ils ont le droit de vendre à des événements, les foires... Il y a une ouverture qu'il n'y a pas encore au Québec », explique Mme Gaudreau.

La douzaine de microdistilleries du Québec espérait des assouplissements à la mise en marché de leurs produits avec le projet de loi 88. Cette loi maintenant en vigueur permet l’accès aux supermarchés pour les vins québécois, mais ne comporte pas de mesures pour les microdistilleries.

Les microdistillateurs québécois – regroupés dans une association d’une douzaine de membres – souhaitent maintenant la création d’une nouvelle catégorie de permis, située entre l’industriel et l’artisanal. Ou l’élargissement des règles pour le permis artisanal, à tout le moins.

Ailleurs au pays

Malgré les succès du secteur, la situation n'est pas forcément rose dans toutes les autres provinces. En Ontario, l'essor de près d’une vingtaine de distilleries artisanales est compromis par une nouvelle taxe de 61 % pour tous les fabricants de spiritueux.

Certains distillateurs artisanaux ontariens pensent même devoir fermer leurs portes, car la marge de profit risque de devenir trop faible. « Avec cette taxe de 61 %, c’est fini pour nous », soupire Charles Benoit, président de l’Association des distilleries artisanales de l’Ontario.

Situation inverse en Nouvelle-Écosse, où une réglementation favorable a permis l’ouverture récente de 11 microdistilleries.

Des succès québécois

Les alcools artisanaux locaux se distinguent pourtant sur la scène internationale. La vodka Pur, produite chez Michel Jodoin à Rougemont, s'était mérité une médaille d’or lors d'un concours à Londres avant même de vendre sa première bouteille au Québec.

En novembre à New York, une microdistillerie de Rimouski – la distillerie Saint-Laurent – a aussi gagné le premier prix pour son gin à base d’algues du fleuve.

Nicolas Duvernois, qui produit la vodka Pur et le gin Romeo’s, est catégorique. « Le plus gros problème c’est toute la réglementation et la bureaucratie autour de l’industrie », dit-il.

Le Québec étant surtout un marché de buveurs de vins et de bières, plusieurs distillateurs pensent que le marché de l’exportation est plus prometteur. « Le taux de consommation de whisky et de gin est beaucoup plus élevé ailleurs, constate Joanne Gaudreau. Le marché est plus large à l’extérieur du Québec. »

La popularité des cocktails est un des facteurs qui motive la création de nouveaux spiritueux. Mais, comme souvent, nul n’est prophète en son pays.

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