Le directeur général de l'Association des crabiers acadiens, Robert Haché, craint que les pêcheurs n'atteignent pas leur quotas en raison des fermetures de zones de pêche.

Après 24 jours de pêche, les pêcheurs de crabes ont débarqué seulement 45 % du quota de crabe des neiges alloué pour la saison en cours. « Si on compare à 2016, qui est une année semblable, après 24 jours de pêche, on avait débarqué 56 % du quota. Il y a donc 11 % de différence et l'écart semble s'agrandir chaque semaine », analyse M. Haché.

Depuis le début de la saison, les crabiers craignent que les fermetures de zones de pêche ne les empêchent d'atteindre leurs quotas. Plus la saison avance, plus l'inquiétude est grande explique Robert Haché.

Pour lui, l'explication est simple : la fermeture statique d'une grande zone depuis le 28 avril couvre deux des plus grandes concentrations de crabe du golfe, le Bradelle et la vallée de Shédiac.

En 2016, la zone statique actuellement fermée a livré environ 30 % du quota.

Des conséquences économiques

M. Haché estime que la fermeture statique d'une grande partie de la zone de pêche au crabe dès le 28 avril était une grave erreur. Il croit que si les pêcheurs avaient pu pêcher au bon moment, lorsqu'il n'y avait pas encore de baleine, ils seraient en bien meilleure posture.

Pour les pêcheurs de crabe qui n'atteindront pas leur quota cette année, une chose vient sauver la mise, selon M. Haché : le prix du crabe. « Le prix est au rendez-vous. Ça reste un problème très important, mais tout de même, la demande pour le crabe des neiges n'a jamais été aussi forte. »

Il croit que là où ça risque de faire mal, c'est pour les travailleurs d'usine et pour toute l'industrie de la transformation.

Les compressions ont d'ailleurs déjà commencé au Nouveau-Brunswick, où une usine a annoncé la mise à pied d'une cinquantaine de travailleurs puisqu'il n'y a pas assez de travail. Ce genre de situation n'étonne guère Robert Haché, qui affirme que ce problème est présent jusqu'en Gaspésie, où l'industrie de la pêche est aussi capitale.

Plus de fermetures possibles

Pour Carl Allen, le président de l'Union des pêcheurs des Maritimes (UPM), la fermeture dynamique de zones de pêche est inquiétante. Selon les directives de Pêches et Océans Canada, des zones sont fermées lorsqu'on y aperçoit des baleines noires.

Une de ces zones qualifiées de secondaire par Robert Haché était prévue fermer mardi, mais en raison des conditions météorologiques, les pêcheurs ont eu un délai d'une journée pour récupérer leurs casiers. Le ministère n'a pas indiqué de moment où la zone rouvrirait, mais seulement qu'elle avertirait les pêcheurs si c'était le cas.

La crainte de M. Allen, outre le fait de ne pas atteindre les quotas de pêche, est que de plus en plus de baleines seront présentes dans le golfe à mesure que la saison avance.

Est-ce qu'on pourrait en arriver à une fermeture complète du golfe du Saint-Laurent? « Oui c'est une possibilité que toutes les zones dynamiques finissent par fermer. Qu'est-ce qu'on fait avec ça? » Il n'a pas de réponse à cette question, mais l'inquiétude est réelle, selon lui.

Une autre inquiétude partagée par Carl Allen est celle d'une surexploitation des ressources dans les zones de fermetures dynamiques. Les pêcheurs qui sont normalement dans une zone actuellement fermée devront se déplacer et partager celles des autres.

Robert Haché est bien d'accord. Pour lui, les fermetures dynamiques sont une bonne chose, car ils ne veulent pas nuire à la vie marine et aux baleines en danger. Toutefois, il explique que si les autres zones deviennent plus achalandées, cela crée un autre problème. « Quand les baleines vont être nombreuses en juin, elles vont se retrouver devant un mur de cordage! »