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Les quotidiens régionaux survivent, mais pour combien de temps?

Certains avaient prédit leur disparition, mais près de deux ans après leur vente par le Groupe Gesca (propriétaire de La Presse), les six quotidiens régionaux de Groupe Capitales Médias défient les pronostics. Non seulement ils survivent, mais ils ont également fait le passage au numérique. Toutefois, dans le contexte de crise que vivent les médias, les défis à relever pour assurer leur pérennité sont de taille.

Un texte de Maxime Bertrand

Près de deux ans après être sortis du giron de Gesca pour entrer dans celui de Groupe Capitales Médias, les journalistes de La Voix de l'Est ont le sentiment d'avoir recouvré leur fierté.

« C'est un sentiment de renouveau qui nous habite. On se sent désirés au sein de cette entreprise-là, on souhaite que l'information régionale prenne une place prépondérante. On a l'impression qu'on a maintenant notre destinée en main et qu'on pose des gestes pour assurer notre pérennité », nous a confié Marc Gendron, directeur de l'information de La Voix de l'Est.

Des lecteurs fidèles

Les journalistes ont d'autant plus le vent dans les voiles que les lecteurs sont au rendez-vous. Le tirage du quotidien est stable avec un peu plus de 9000 exemplaires vendus les jours de semaine, et 14 000 à 15 000, la fin de semaine.

L'entreprise a fait des gestes pour assurer sa pérennité. Parmi ceux-ci, il y a l'offre numérique, nous dit Louise Boisvert, présidente et éditrice de La Voix de l'Est et de La Tribune.

« Ça nous a demandé énormément de travail, parce qu'on a dû rattraper un retard au niveau de la technologie. »

Résultat, depuis un an, La Voix de l'Est ainsi que les cinq autres quotidiens de Groupe Capitales Médias soit Le Soleil, Le Droit, Le Nouvelliste, La Tribune et Le Quotidien, sont disponibles sur tablette et sur cellulaire.

Michel Laliberté, le président du syndicat des journalistes ne tarit pas d'éloges à l'encontre des responsables de la publication. « Je pense qu'on a fait un excellent travail. On a des sites web qui sont très performants. »

De plus, l'entreprise a procédé à une vaste réorganisation qui s'est soldée par la réduction de près de 60 postes sur 500, essentiellement par attrition.

Une information de qualité nécessaire en région

En visite annuelle des quotidiens lors de notre passage, le propriétaire de Groupe Capitales Médias, Martin Cauchon, n'était pas peu fier d'avoir remporté son pari.

Lorsqu'on a créé Groupe Capitales Médias, je n'ai jamais, jamais, jamais eu l'ombre d'un doute qu'on réussirait. Moi, je crois en une saine démocratie, je crois fondamentalement que nous avons besoin d'informations de qualité et de proximité dans l'ensemble des régions.

Martin Cauchon, propriétaire de Groupe Capitales Médias

Pourtant, si la bataille pour la survie est gagnée à court terme, la guerre pour la pérennité est loin de l'être. D'abord, nous dit Michel Laliberté, parce que la réalité des quotidiens diffère.

« Collectivement, ça se passe bien. C'est sûr qu'individuellement il y a des journaux qui font face à des défis [...] Si on prend le quotidien Le Soleil [...] Ils font face à une concurrence directe avec le Journal de Québec, ce qui fait que c'est extrêmement difficile pour les collègues de Québec de conserver leur part de marché. »

Des revenus publicitaires en chute libre

Toutefois, le principal écueil est la baisse des revenus générée par la publicité imprimée, une baisse que la publicité numérique est loin de compenser, constate Claude Gagnon, le PDG de Groupe Capitales Médias.

« Il y a une perte de revenus dans la partie traditionnelle et une augmentation dans la partie numérique. Par contre, ce qui est important, c'est d'arriver, à la fin, à une adéquation entre la perte du traditionnel et l'augmentation du numérique. »

C'est un problème généralisé, soutient Richard Paradis, expert en communications et président du Groupe CIC.

Il faut qu'ils fassent très attention à leur capacité de générer des revenus publicitaires parce que c'est assez critique. Les journaux dans les cinq dernières années ont perdu au-delà de 50 % de leurs parts de marché de la publicité.

Richard Paradis, expert en communications et président du Groupe CIC

Concurrence déloyale

La présidente de la Fédération nationale des communications, Pascale St-Onge, montre du doigt Google et Facebook.

« On a une concurrence absolument déloyale qui provient des géants du web américain, qui vampirisent de plus en plus les revenus publicitaires qui, autrefois, servaient à nos médias pour produire de l'information. [...] Tous les mois pratiquement il y a des compressions annoncées dans l'un ou l'autre des médias. »

C'est aussi le constat d'un rapport commandé par le ministère du Patrimoine et publié le mois dernier. Selon cette étude, l'aide gouvernementale s'impose pour préserver une information de qualité.

« La nouvelle, vous en avez besoin, vous en avez toujours besoin et encore plus aujourd'hui, quand on se rend compte qu'il y a des sites maintenant sur lesquels on parle de fake news. Nous, les gens savent très bien qu'on a des salles de nouvelles, on a des journalistes professionnels qui ont des codes d'éthique, qui sont [responsables], redevables à la population, ça, c'est important », souligne le propriétaire de Groupe Capitales Médias, Martin Cauchon.

Richard Paradis, expert en communications et président du Groupe CIC, croit aussi que les pouvoirs publics doivent agir.

On en est arrivé au point où il faut que les gouvernements se décident : ou bien ils vont aider la presse écrite à survivre, ou bien la presse écrite dans bien des régions ne réussira pas à survivre.

Richard Paradis, président du Groupe CIC

Groupe Capitales Médias, qui a près de 2 millions de lecteurs en région au Québec, mise sur cet ancrage régional pour résister.