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Les retraités de Sears s’attaquent aux milliards versés aux actionnaires

La saga entourant la fermeture de Sears se poursuit. Les retraités de l'entreprise tentent maintenant de récupérer une partie des dividendes de près de 3 milliards de dollars versés aux actionnaires.

D'après un reportage de Sophia Harris, de CBC News

En demandant dès jeudi à la Cour supérieure de l’Ontario de nommer un fiduciaire chargé d’examiner ces dividendes, les retraités espèrent non seulement combler la réduction de leurs pensions, mais aussi fournir des fonds à d’autres créanciers à qui Sears doit de l’argent.

« Il y a de bonnes raisons de croire que c’était inapproprié », affirme l’ex-employé et le représentant des retraités de Sears, Ken Eady.

Un document de cour déposé par le conseiller juridique des retraités affirme que les paiements de dividendes, totalisant un peu plus de 2,9 milliards de dollars, méritent d'être examinés de près par un syndic de litige.

Cet argent, versé entre 2005 et 2013, provient de la vente de précieux actifs de Sears Canada, comme des biens immobiliers. À l’époque, les ventes et les bénéfices du détaillant étaient pourtant en baisse et le régime de retraite de l'entreprise commençait à accuser un déficit.

« Malgré la détérioration continue de la situation financière de la société, le conseil d'administration de Sears Canada a approuvé le versement de dividendes à ses actionnaires », indique le document de cour.

Il vise également le chef de la direction du fonds américain ESL Investments Eddie Lampert, qui est celui qui a le plus profité de cette transaction malgré ses critiques envers Sears Canada.

« Grâce à ESL, M. Lampert avait le contrôle direct et indirect des participations de Sears Canada à l'époque et était le principal bénéficiaire des paiements de dividendes », déclare le document.

M. Eady affirme qu’il était inévitable que les retraités s’en prennent aux versements de dividendes.

Problèmes de fonds de pension

Ken Eady, se basant sur les actuaires de Sears, estime que le régime de retraite est sous-capitalisé d’environ 270 millions de dollars, ce qui signifie une réduction de 19 % des pensions de près de 16 000 ex-employés.

« Ça va faire mal. Il se peut que je doive trouver un emploi à temps partiel pour compenser ce que je n'obtiens pas », explique Attilio Malatesta, 72 ans, qui a passé plus de la moitié de sa carrière de 44 ans chez Sears dans la région de Kelowna, en Colombie-Britannique.

Sears Canada n’a pas répondu aux demandes d’entrevues de CBC pour le moment. Cependant, dans une publication en ligne, la fin de semaine dernière, Eddie Lampert a défendu les paiements de dividendes, déclarant qu’une entreprise doit fournir des rendements adéquats aux actionnaires pour rester viable et que les paiements n’ont nullement nui au détaillant, puisque Sears a continué d’investir dans l’entreprise.

M. Lampert a également mentionné que les actionnaires de la compagnie avaient collectivement perdu plus d’un milliard de dollars depuis 2012, même en tenant compte du versement des dividendes.

En ce qui concerne la disparition de Sears Canada, il a dit que cette disparition était principalement le résultat d'une stratégie de restructuration coûteuse, mais infructueuse, lancée en 2016.