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Les robots au Japon : une solution au tsunami démographique du pays applicable au Canada?

De nombreuses régions du Québec et de l'Atlantique, comme les Îles-de-la-Madeleine, se heurtent à une pénurie de main-d'oeuvre dans plusieurs secteurs. S'ajoute à cette pénurie un défi démographique de taille dû au vieillissement de la population. Les Japonais connaissent bien ce problème : le pays, qui a la population la plus vieille au monde, tente de réduire les effets d'un tsunami démographique. Pour ce faire, il mise sur la robotique.

Un texte de Philippe Grenier, envoyé spécial au Japon

Le temps presse au Japon. La troisième économie mondiale a une population d'environ 125 millions de personnes, mais les Japonais vieillissent. Plus du quart des citoyens nippons ont 65 ans et plus. En 2060, 40 % de la population aura atteint ce cap.

Les effets se font déjà sentir. On vend maintenant au Japon plus de couches pour adultes que de couches pour enfants. On observe aussi une pénurie de main-d'oeuvre dans plusieurs secteurs, dont celui de la santé.

Les robots sont-ils la solution aux problèmes démographiques du pays?

À la résidence de soins Shin-Tsurimi de Kawasaki, on traite des patients souffrant de démence, une maladie en forte croissance au Japon.

Les robots assistent les patients ou le personnel, tant pour les soins donnés qu'en ce qui a trait à la communication.

Commandé au moyen des doigts par son créateur, Kouichi Ikeda, le robot HSR de Toyota peut reconnaître un objet au sol, le prendre et le remettre à son créateur.

« L'équipe de Toyota a créé ce robot pour venir en aide à l'être humain », lance le directeur de projet.

Selon Hikedi Takubo, directeur adjoint de la résidence de soins pour personnes âgées Shin-Tsurimi, « il ne faut pas penser que les robots vont nous remplacer, mais ils peuvent jouer un rôle clé ici ».

« Il ne faut pas voir un arbre seulement, mais bien la forêt entière », illustre l'administrateur. Avec les robots, « le personnel de la résidence peut se concentrer sur certaines tâches et laisser plus de place au robot ».

C'est ce que fait déjà Palro, le compagnon de vie des résidents. Il leur parle de la pluie et du beau temps, selon les informations qu'il va chercher sur le web, en plus de chanter pour eux.

Les robots au Canada

Alors que la population de l'est du Canada est plus vieillissante qu'ailleurs et qu'il y a une pénurie de main-d'oeuvre dans bon nombre de secteurs, les robots pourraient accomplir des tâches bien utiles dans ce contexte.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Gaétan Barrette, connaît bien le potentiel des robots pour les avoir déjà vus à l'oeuvre. « C'est une avenue qu'on commence à considérer, même si on n'est pas [rendu] là », dit-il.

« Il n'en reste pas moins que, sur le plan technologique, la robotisation a atteint un niveau tel qu'on peut imaginer, dans un avenir pas si lointain, que certaines tâches d'appui pourraient être faites par des robots », ajoute le ministre.

Pour François Michaud, professeur au Département de génie électrique et informatique de l'Université de Sherbrooke, l'arrivée de robots sur le marché canadien n'est pas simple. « Il y a des raisons pour lesquelles on ne les voit pas encore déployés à grande échelle. »

Selon lui, on pourrait attendre encore une dizaine d'années avant de voir l'arrivée de robots dans le domaine de la santé au Québec. « La partie qui est longue, c'est de passer à travers tous les obstacles pour se rendre à un déploiement. Ce n'est pas facile, la réglementation en santé change avec les provinces, change avec les pays. »

Pour le fondateur d'IntRoLab, un laboratoire de robotique interactive, il est important d'« aller voir dans les milieux quels sont les vrais besoins et ensuite travailler à développer la technologie en lien avec ces besoins ».

Son équipe, en partenariat avec le réseau Age-Well, qui regroupe 37 universités et centres de recherche au Canada, met au point un robot de téléprésence (une sorte de Skype ou de Facetime sur roues) capable de prendre les signes vitaux de patients et de reconnaître la présence humaine tout en se déplaçant à l'aide d'une carte 3D.

Des robots japonais dans le secteur industriel

Au Japon, la pénurie de main-d'oeuvre est aussi importante dans le secteur industriel.

Pour remédier au problème, une entreprise a créé un équipement qui permet de soutenir les hanches et le dos lorsqu'on soulève des boîtes.

Dans le port d'Osaka, une entreprise a mis à la disposition de ses employés quelques modèles de l'appareil pour les aider dans leurs tâches quotidiennes.

Takemura Kenji a 60 ans. Il a levé des boîtes pendant toute sa carrière pour l'entreprise. S'il n'utilise pas l'appareil, « [il] finit par avoir mal au dos », dit-il. Les charges sont deux fois moins lourdes en utilisant l'exosquelette, selon lui.

Avec la crise démographique au Japon, l'invention permet aussi à l'entreprise de transport maritime d'« éviter d'avoir plusieurs employés en congé maladie », selon le directeur.

Il espère voir le modèle être perfectionné rapidement.

La même entreprise qui a créé l'exosquelette a mis au point un autre prototype de robot, évalué celui-ci à 2 millions de dollars, « pour soulever des tuyaux et des matériaux lourds », précise son créateur.

Motoki Nakano espère « voir un modèle plus petit sur le marché d'ici trois à cinq ans ».

Des représentants de Toyota seront à Montréal en juillet pour participer à une compétition internationale de robotique.

Ce sera une occasion d'en apprendre davantage sur cette technologie.

Philippe Grenier est titulaire de la bourse des médias de la Fondation Asie-Pacifique du Canada 2017-2018. Grâce à cette bourse, il a produit une série de reportages sur les défis démographiques du Japon et divers sujets.