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Les travailleurs saisonniers : grands négligés de l’assurance-emploi

Le trou noir est toujours une réalité pour les travailleurs saisonniers gaspésiens, malgré les correctifs apportés par les Libéraux à la réforme de l'assurance-emploi mis en place par l'ancien gouvernement de Stephen Harper.

Un texte de Joane Bérubé avec la collaboration de Martin Toulgoat

Encore cette année, des travailleurs de la Gaspésie n’auront pas cumulé assez d’heures de travail pour recevoir des prestations d’assurance-emploi jusqu’à leur retour au travail, au printemps prochain.

Le mouvement gaspésien Action chômage Pabok souhaiterait qu'Ottawa rétablisse la mesure qui prolongeait les prestations jusqu'à cinq semaines dans les régions touchées par un taux de chômage élevé et chronique.

Même si le taux de chômage est passé de plus de 20 %, au tournant des années 2000, à 14,5 %, les régions de Gaspésie et des Îles demeurent sur ce plan au dernier rang des régions du Québec.

Par contre, cette baisse du taux de chômage entraîne une diminution du nombre de semaines de prestations.

Le coordonnateur d’Action chômage Pabok, Gaétan Cousineau, explique que les travailleurs doivent maintenant être à l’emploi durant 800 ou 900 heures durant l’été pour espérer recevoir des prestations jusqu’au printemps.

« La majorité des travailleurs saisonniers, indique M. Cousineau, travaillent 400, 500 heures, c'est à peu près ce que les relevés d'emploi nous révèlent, alors ces gens-là se retrouvent avec un mois, deux mois, sans prestation lorsque vient le printemps. »

Ces travailleurs des secteurs de l’agriculture, de la forêt, du tourisme et des pêches auront de la difficulté à se dénicher un autre travail pour pallier le manque de revenus.

Une bonne partie de l’économie de la Gaspésie repose encore sur l’exploitation des ressources naturelles et l’économie saisonnière. À titre d’exemple, en 2016, la part des emplois dans le secteur primaire de région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine représentait plus de deux fois celle du Québec.

Les mouvements de défense des chômeurs dénoncent aussi le maintien d’une suppression de revenus de 50 % pour un prestataire qui retourne au travail à temps partiel.

« Donc, explique Gaétan Cousineau, s'il [NDLR : le prestataire] va travailler à 15 $ l'heure et qu'on lui en coupe 50 %, il se trouve à avoir travaillé à 7,50$. Il ne faut pas s'étonner que les gens n’aillent pas travailler. »

Réforme et accèsLes mouvements de défense des chômeurs de la province accusent le gouvernement Trudeau de ne pas avoir aboli la réforme du régime de l'assurance-emploi mis en place par le précédent gouvernement.

Selon ces groupes, Ottawa a annulé seulement l'obligation de se trouver du travail jusqu'à 100 km de son lieu de résidence, mais l’accessibilité au régime pour les travailleurs qui cotisent à la caisse d'assurance-emploi ne serait pas améliorée.

La ministre du Revenu national et députée de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine à la Chambre des Communes, Diane Lebouthillier, estime que son gouvernement a fait beaucoup plus. « On se rappellera, dit-elle, que pour se qualifier à l’assurance-emploi, on devait avoir accumulé 910 heures, nous avons baissé ça à 420 heures. On est passé d’une semaine à deux semaines d’attente. »

La réforme, soutient la ministre, a bel et bien été abolie. Quant à la question du travail à temps partiel, la ministre Lebouthillier explique que son gouvernement a formé un groupe de travail pour lui faire des recommandations.

Le Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi du Québec relève que seulement 44 % des Canadiens, qui auraient droit au chômage, ont reçu des prestations pour l'année 2015-2016.

Le Mouvement souligne que la caisse de l'assurance-emploi a généré des surplus de 2,4 milliards de dollars pour la même année.

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