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LNH et Québec : l'argument du dollar canadien qui n'en est pas un!

Des choses sont dites, énoncées comme des vérités, comme des faits, qui servent d'arguments pour faire valoir un point ou pour convaincre du bien-fondé d'une décision. Mais, parfois, ces choses dites servent de paravent aux vraies motivations derrière un choix.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

Je ne connais pas les fondements réels de la décision de la LNH de ne pas choisir Québec dans son processus d'expansion. Le commissaire Gary Bettman a parlé de géographie et d'équilibre entre les divisions pour justifier le choix de la ligue d'octroyer une seule concession à la ville de Las Vegas. J'aime bien le concept d'équilibre à 31 équipes, un chiffre impair. C'est original.

Je me demande bien quel était l'enjeu d'avoir deux clubs de plus dans la Conférence de l'Est par rapport à celle de l'Ouest. Si Québec avait été retenue, en plus de Las Vegas, on serait ainsi passé d'un rapport 16 / 14 à un rapport 17 / 15. Big deal, dirait Donald Trump! Mais, bon, passons sur la géographie et parlons d'économie une seconde.

Comprendre les fluctuations des devises

Dire que les fluctuations du dollar canadien nuisent à la candidature de Québec est un artifice qui a pour seul objectif d'éblouir et d'aveugler le spectateur. Cet argument, invoqué d'abord par Gary Bettman pour rejeter la candidature de la ville de Québec, n'en est pas un parce qu'en réalité les devises fluctuent sans cesse et les entreprises savent se protéger de ces variations.

Les grandes sociétés, qui font affaire dans plusieurs pays, font appel à des instruments de couverture de change. La LNH a, à son emploi, des gens qui connaissent ces outils par coeur, qui savent négocier sur des contrats à terme, des options sur devises et des swaps.

Ces outils permettent à des entreprises de conclure des contrats à terme à des prix fixés à l'avance ou d'acheter ou de vendre des droits sur des devises à un taux de change préétabli. Dans un secteur où le chiffre d'affaires se calcule en milliards, les outils de protection contre les variations des devises sont aussi courants que les sandwichs au poulet à la cafétéria.

À 80 cents US en mai 

Non seulement cet argument est faible, mais il sonne faux. Gary Bettman a tenu à souligner, en conférence de presse, que le dollar canadien était tombé à 68 ¢US en début d'année. C'est vrai. Mais, puisque les fluctuations du dollar le passionnent, on se serait attendus à ce qu'il nous rappelle à la mémoire que ce bon dollar est remonté à 80 ¢US en mai, un mouvement qui devrait lui plaire, s'il croit à ce qu'il dit.

Il faut dire aussi que, depuis 10 ans, le dollar canadien s'est situé, généralement, entre 80 ¢US et 1,10 $US. Ne citer que la chute à 68 ¢US laisse croire que le commissaire de la LNH est de mauvaise foi ou qu'il ne comprend rien aux fluctuations des devises.

Par ailleurs, si les fluctuations économiques inquiètent la LNH, il serait intéressant de comprendre pourquoi la ligue a décidé d'aller installer une nouvelle concession dans l'une des villes les plus affectées par la récente crise financière et qui cherche encore à s'en remettre complètement.

Les graphiques suivants montrent combien l'économie de la ville de Québec (ligne bleue) est plus résiliente, plus solide et plus stable que celle de Las Vegas (ligne verte) sur le plan de la croissance du PIB et du chômage.

En définitive, ce n'est pas pour des raisons économiques que Québec a été ignorée par la LNH. D'autres raisons expliquent ce choix. Et j'ai l'impression aujourd'hui que ces raisons n'ont pas été expliquées mercredi lors de l'annonce de la LNH.

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