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Lowe's - Rona : des millions de dollars pour la Caisse de dépôt et la direction de Rona

C'est important de comprendre qui sont les gagnants et qui pourraient être les perdants dans la transaction Lowe's - Rona. 

  Un texte de Gérald Fillion

Dans mon texte de mercredi, j'ai tenté d'expliquer que le Québec, sur le plan économique, ne peut pas se déclarer gagnant quand il perd un siège social, surtout d'une entreprise aussi enracinée dans la communauté.

Le maintien d'un siège social au Canada, qui devra nécessairement se rapporter au vrai siège social de Lowe's, en Caroline du Nord, n'est pas une garantie de taille. Avec le temps, les engagements ont tendance à s'évanouir. Et vus du siège social, aux États-Unis, les défis financiers que l'entreprise pourrait rencontrer au Québec et au Canada ne seront jamais abordés de la même façon que s'ils sont traités à Boucherville.

Une opération rentable pour les actionnaires

Cela dit, il est clair que les actionnaires sortent gagnants de cette transaction. La valeur des actions que possède la Caisse de dépôt et placement dans Rona est passée de 215 millions de dollars mardi soir à 438 millions au prix offert par Lowe's, en tenant pour acquis que l'entreprise détient toujours environ 17 % des actions de l'entreprise.

Si la transaction se concrétise, les détenteurs d'actions de catégorie A, les actions privilégiées, auront fait un gain de 59 % par rapport à la fermeture de mardi. Les détenteurs d'actions ordinaires, de catégorie B, auront vu la valeur de ce qu'ils possèdent augmenter de 104 %.

Du strict point de vue financier, les actionnaires sont gagnants, c'est clair. L'entreprise vient probablement aussi d'assurer sa pérennité, bien que tout peut toujours changer.

Et pour les dirigeants

C'est important de le dire aussi : les dirigeants gagnent beaucoup d'argent dans ce type de transaction.

Prenez l'exemple de Robert Sawyer, le PDG de Rona. Le Globe and Mail a calculé que la valeur de ses options sur actions passerait de 161 986 $ mardi soir à 5,4 millions de dollars si la transaction est bel et bien conclue. La valeur de ses actions passerait de 8,5 millions de dollars à 22,5 millions. Si l'on y ajoute les options, cette transaction ferait bondir la valeur de ses actifs de près de 20 millions de dollars. Robert Sawyer prévoit quitter l'entreprise : il aura droit également à une indemnité de départ de 4 millions.

Quelles autres cibles possibles?

Par ailleurs, pour ajouter à l'enjeu de la protection des sièges sociaux, le président de l'Institut sur la gouvernance, Yvan Allaire, rappelle dans un dossier préparé pour Les Affaires que plusieurs entreprises du Québec sont vulnérables à des acquisitions par des intérêts extérieurs. En fait, sur les 50 plus grandes entreprises du Québec en bourse, 25 n'ont aucune protection. Il s'agit de : Rona bien sûr, mais aussi SNC-Lavalin, CAE, Metro, Domtar, Héroux-Devtek, Genivar, Cominar, TransForce, Résolu, Valener, Innergex, Intertape Polymer, Orbite Aluminae, Dollarama, Gildan, Aimia (ex Aéroplan), Semafo, Canam, MTY, Uni-Sélect et Quincaillerie Richelieu.

L'une des protections les plus efficaces contre les offres d'achat, ce sont les actions multivotantes. Un entrepreneur peut détenir une part minoritaire d'actions dans son entreprise, mais des parts qui lui donnent plusieurs votes dans les assemblées, ce qui lui donne un actionnariat de contrôle. Sur les 50 plus grandes entreprises du Québec, 18 ont un actionnaire de contrôle : Bombardier, Power, CGI, Québecor, Jean Coutu, Couche-Tard, Cogeco, Saputo et Transcontinental, notamment.