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Marijuana : est-ce que la SAQ est la mieux placée pour en vendre?

On aurait aimé que le rapport McLellan traite avec plus de détails du marché de la commercialisation de la marijuana à des fins récréatives, qui sera légalisé en 2017. En omettant de parler du prix du produit, actuellement dicté par le marché noir, et en indiquant simplement qu'on ne devrait pas vendre du cannabis, de l'alcool et du tabac aux mêmes endroits, le comité d'experts exprime une méconnaissance des intérêts économiques en jeu.

D’abord, réglons une chose dès le départ, il y a longtemps qu’on vend du tabac, de la bière et des billets de loto dans les épiceries et les dépanneurs, trois produits qui peuvent créer des dépendances et vous faire perdre argent et santé. On ne semble plus se poser la question sur la pertinence de vendre, de façon un peu désordonnée, tous ces produits au même endroit.

Et dites-vous bien que si on devait décider de ne pas vendre de la marijuana et de l’alcool dans le même local, il y a fort à parier que les nouveaux commerces de vente de pot étudieraient sans aucun doute la possibilité et la pertinence de s’installer tout près d’une SAQ. Il n’y aura pas moins de samedis soir arrosés et enfumés si le cannabis se trouve à 50 mètres de votre bouteille de Chianti préférée plutôt que dans le même local!

Alors, l’argument de ne pas vouloir encourager la consommation et la mixité des produits est assez faible à côté des autres enjeux dont la portée est bien plus grande. L’enjeu de la santé publique est important, tout comme les questions économiques et sécuritaires le sont aussi. Et c’est ici que le rapport McLellan devrait nous en dire davantage.

La marijuana, ce n’est pas un produit comme un autre

Cette nouvelle substance qui apparaît dans le monde de la légalité existe déjà, avec ses producteurs, ses vendeurs et son marché. Et c’est le crime organisé qui a le contrôle. Qui de mieux qu’une structure déjà établie, solide, réseautée, surveillée, encadrée, légiférée, que la SAQ pour prendre le contrôle d’un marché, l’organiser et le sortir du crime organisé?

Bien sûr, il y a des risques importants qu'un marché noir va demeurer. Mais, peut-on croire qu’un réseau de centaines de petits commerces aux quatre coins du Québec va pouvoir résister aux pressions et aux menaces des milieux criminels?

C'est important de sortir de l’idéologie privé-public dans ce dossier. Dans une étude financée en partie par le syndicat de la SAQ, l’Institut de recherche socio-économique IRIS évalue qu’en confiant la marijuana à la SAQ, on pourrait générer une plus grande valeur ajoutée économique, un peu plus d’emplois et surtout un dividende plus élevé à l’État : 457 millions de dollars dès la première année, contre 278 millions de dollars en provenance du secteur privé.

Les experts vont s’obstiner sur ces chiffres parce que le danger avec une étatisation de la distribution, c’est d’afficher des prix trop élevés, moins concurrentiels, qui pourraient maintenir un marché noir très vivant et réduire la valeur associée à l’étatisation de la distribution. Si les prix de la SAQ sont trop élevés, si les taxes sont trop fortes, on pourrait se retrouver dans une situation semblable au tabac, où un marché noir s’est développé en raison des charges trop gourmandes imposées par l’État. Et, dans ces circonstances, on pourrait alimenter un marché parallèle illégal, avec des prix moins élevés, qui pourrait provoquer une trop forte consommation.

Il faut ajouter que si le gouvernement Couillard voulait aller de l'avant avec une ouverture du marché de la SAQ à la concurrence, l'intégration de la marijuana dans ce réseau ne sera certainement pas considérée.

Faire face aux criminels

Ce qui est le plus important, il me semble, je le répète, c’est de considérer la marijuana comme un produit très différent des autres. On ne lance pas une entreprise de cartes de Noël ou de biscuits à l’avoine.

La priorité ici devrait être de s'assurer de développer un réseau légal efficace et respecté. La SAQ serait « mieux outillée afin de résister aux pressions pouvant venir des acteurs criminels présents dans le marché noir et qui voudront protéger leur marché, écrit l'IRIS. (...) Un commerçant indépendant et isolé aura plus de difficultés face aux pressions d’organisations criminelles (intimidation, violence, etc.) qui sortent du cadre normal de la concurrence. »

Si la santé publique est importante, si l’apport financier à l’État l’est aussi, l’enjeu de sécurité doit être placé dans les priorités également. Ne serait-ce que temporairement, pendant cinq ou dix ans, disons, ne serait-il pas approprié de confier la vente de la marijuana à la SAQ et d’ouvrir lentement le marché par la suite afin d’éviter les dérapages en matière de sécurité et de consommation?

Serait-ce une bonne façon de développer ce marché?

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