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Mégaprojet au point mort : Bathurst tient la province responsable

Est-ce la fin du projet de développement de l'ancien site industriel de la Smurfit-Stone à Bathurst? L'entreprise qui faisait miroiter la construction de condominiums, de commerces et d'un camping est inactive depuis plus d'un an et la province lui réclame un million de dollars en impôts fonciers.

Un texte de Michelle LeBlanc

« On a perdu confiance », dit le maire de Bathurst Paolo Fongémie. Selon lui, les possibilités que le promoteur Raymond Robichaud développe le site sont à peu près nulles.

« Présentement, il n’y a rien qui se passe. [Le promoteur] ne semble pas avoir la capacité financière d’aller plus loin », explique le maire.

Pourtant, l’entrepreneur promettait de grandes choses, en janvier 2016, quand il s’est porté acquéreur, pour un dollar, du vaste site industriel désaffecté.

La province s'enthousiasmait de la transaction, allant jusqu’à éliminer les dettes d’impôts fonciers du propriétaire précédent. Ces avantages totalisaient plus d'un million de dollars.

« Les projets de développement tels que le vôtre créent des emplois et contribueront à créer des temps meilleurs pour la région de Bathurst », écrivait en 2015 le ministre des Finances de l’époque, Roger Melanson.

Le promoteur Raymond Robichaud devait toutefois respecter certains engagements : le développement du site devait respecter un échéancier et répondre aux règles environnementales en vigueur.

Deux ans et demi plus tard, aucun emploi n’a été créé, aucune construction n’a été entamée et le site n’a jamais été nettoyé. Raymond Robichaud a omis de payer l’enregistrement de sa compagnie pour les années 2017 et 2018.

Un détail, dit le promoteur : « elle est inactive à cause que je ne fais rien. C’est rien que 60 piasses. Je l'ai envoyé ça fait deux semaines déjà. Je l’ai envoyé par courrier ».

Une entente non respectée

La province considère que l'entente qu’elle a conclue avec Raymond Robichaud n’a pas été respectée. Selon des documents obtenus en vertu de la Loi sur le droit à l'information, le solde des impôts fonciers à payer par la compagnie à numéro du promoteur s'élève à plus d'un million de dollars.

Raymond Robichaud reconnaît qu’il n’a pas payé les impôts sur une vaste partie du terrain. Selon lui, l’évaluation de la province est tout simplement trop élevée.

« Les taxes que la province veut avoir, c’est trop haut », dit-il. Il soutient avoir commandé une étude d’une firme d’ingénierie pour que la valeur des terrains soit revue à la baisse.

Il compte sur les matériaux du site pour payer ses dettes.

« Il y a 250 000 $ de Stainless Steel en arrière. Je me fiais là dessus pour payer mes taxes foncières (...) mais ils ne me laissent pas sortir le Stainless Steel, [le ministère de] l’Environnement. Ils m’ont bloqué. »

Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique et député local, Denis Landry, accepte cette explication. « Il a peut-être un point », dit-il. Il reconnaît que le promoteur fait face à des démêlés avec les autorités provinciales et municipales, ce qui l’empêche de payer ses impôts.

La ville demande la saisie du terrain

À Bathurst, le maire reproche aux élus provinciaux de ne pas avoir vérifié la capacité de Raymond Robichaud de financer ses grands projets. « Moi, si j’étais le gouvernement, je me poserais beaucoup de questions à savoir le processus d’avoir approuvé ce type de développement. On est très frustré par l’état des choses. »

« Je tiens à rappeler que ce ne sont pas les élus municipaux qui ont présenté le promoteur à la municipalité. Ce sont bien les élus provinciaux. C’est avec le gouvernement qu’il y a eu des ententes. »

Paolo Fongémie veut que la province saisisse la propriété et qu’elle prenne en main son développement, en collaboration avec la ville.

« Honnêtement, je souhaite que la province reprenne le contrôle de ce terrain et qu’on travaille ensemble pour faire du développement économique », dit le maire.

Avec la collaboration de Monique Losier