Le géant québécois de l'alimentation Metro confirme l'achat des 420 pharmacies du Groupe Jean Coutu pour la somme de 4,5 milliards de dollars. La nouvelle entité commerciale, qui espère voir le jour le printemps prochain, avec l'accord des actionnaires de Jean Coutu et des autorités réglementaires, générera un chiffre d'affaires estimé à plus de 16 milliards de dollars.

En conférence de presse lundi matin, le président et chef de la direction de Metro, Éric R. La Flèche a expliqué que la nouvelle organisation pourra ainsi « renforcer sa position de chef de file » dans les domaines de l'alimentation, de la pharmacie et des produits de soins de santé et de beauté, tout en étant « mieux positionnée pour poursuivre son développement et sa croissance. »

La transaction permettra à Metro de bénéficier d'un réseau de distribution d'une « portée accrue », ainsi que d'un « formidable portefeuille de marques, d'un bassin de clientèle élargi et [...] d'une plus grande efficacité opérationnelle », a-t-il dit. Des économies de 75 millions de dollars sont attendues sur trois ans, en raison notamment de la fermeture des centres de distribution de produits pharmaceutiques de Metro.

M. La Flèche n'a pas caché que des compressions seront inévitables, mais il a cherché à en minimiser la portée. « On parle de plus de 85 000 emplois directs et indirects [au sein des deux entreprises]. Il va y avoir certaines réductions à court terme. Dans l’ensemble, ce n’est pas majeur, mais on comprend que c’est très majeur pour les familles affectées », a-t-il dit.

« Mais il faut se concentrer sur le futur et la plateforme de croissance qu’on crée aujourd’hui pour créer plus d’emplois à long terme. C’est ce qu’on compte faire », a-t-il ajouté, en laissant notamment planer la possibilité que Metro cherche à prendre de l'expansion ailleurs au Canada.

Une fois la transaction approuvée, les actions du Groupe Jean Coutu seront acquises par Metro au prix de 24,50 $ l’unité; 75 % de la somme sera versée en argent comptant, 25 % en actions. Le Groupe Jean Coutu, qui compte 420 pharmacies au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Ontario, deviendra alors une division autonome au sein de Metro.

Les activités de la nouvelle division pharmaceutique de Métro continueront d'être pilotées par le président et chef de la direction de Jean Coutu, François Coutu, depuis le siège social de Varennes. Cette nouvelle structure inclura les 300 pharmacies Brunet que possède déjà Metro. Le centre de distribution de Jean Coutu prendra la relève de la division McMahon de Metro, qui s'occupait de cette tâche pour l'épicier jusqu'ici.

Metro s'est avéré « le partenaire idéal » pour connaître « une croissance soutenue dans un marché de plus en plus concurrentiel », a pour sa part commenté François Coutu. Les deux entreprises possèdent une « communauté de vues remarquable sur les plans stratégiques et commerciaux », a-t-il, et leurs réseaux de ventes « sont complémentaires et constituent un actif des plus précieux. »

Jean Coutu a aussi insisté sur le fait que la transaction permettre d'assurer « la pérennité et la marque de la bannière Jean Coutu », qu'il a fondée il y a 50 ans. « Vous pouvez être assurés que cette union de deux grandes sociétés sera au profit de la clientèle, de nos employés et de nos actionnaires », a-t-il lancé.

Le pharmacien le plus connu du Québec a par ailleurs profité de l'occasion pour nier formellement que les politiques du ministre québécois de la Santé Gaétan Barrette ont pu jouer un rôle dans sa décision d'accepter l'offre de Metro.

« Pas du tout. Je profite de l’occasion pour féliciter le Dr Barrette, parce qu’il a mis quelque chose sur la table qui est excessivement important », a-t-il dit. « La santé doit se déplacer vers quelques centres hospitaliers. Et je pense qu’il a compris […] que dans la santé, il faut être présent, non pas quand on veut que les gens viennent chez nous, mais quand les gens ont besoin de nous. »

« Son initiative de […] rendre la santé, le diagnostic et le curatif plus près de la clientèle, je ne peux pas faire autrement que de le féliciter. S’il a besoin d’un partenaire, nous serons là », a-t-il conclu à ce sujet.

Une fois effectué, l’achat de Jean Coutu par Metro créera un réseau de plus de 1300 épiceries et pharmacies au Canada qui emploieront plus de 85 000 personnes, soit 65 000 employés chez Metro et 20 000 chez Jean Coutu.

Le secteur canadien de la pharmacie est touché par un vent de consolidation depuis quelques années : Loblaw a mis la main sur Pharmaprix en 2013, tandis que McKesson Canada, filiale du géant californien du même nom, a acheté le groupe Uniprix et ses 330 pharmacies en avril dernier.

Ces détaillants doivent faire face à la concurrence toujours croissante de grandes chaînes américaines comme Walmart et Costco - qui ont déjà des pharmacies dans leurs magasins - et du géant Amazon, qui a récemment décidé de se lancer dans l'alimentation avec l'achat de Whole Foods.

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