Les créanciers d'Orbite Technologies exigent que l'entreprise entre en production commerciale d'ici la fin février.

Un texte de Joane Bérubé

L’entreprise n’a plus accès à son fonds de roulement de 3 millions de dollars américains. Cet argent pourra être utilisé seulement si Orbite Technologies produit au moins une tonne par jour d’alumine de haute pureté pendant trois jours consécutifs et qu’elle réalise sa première vente et livraison commerciale.

De même, le remboursement d’une partie d’un emprunt de 16,95 millions de dollars, contracté en 2015 auprès de Midcap Financial, devait débuter le 1er décembre 2016.

Même si Orbite a pu renégocier certains délais, il reste néanmoins que l’entreprise devait produire une tonne d’alumine de haute pureté pendant trois jours consécutifs pour répondre aux exigences de son créancier. Ce délai, d’abord fixé au 1er décembre 2016, a été reporté au 15 janvier 2017.

La direction d’Orbite indique que cette échéance est maintenant fixée au 15 février 2017. Si l’entreprise n’arrive pas à répondre à cette obligation, le prêteur pourrait demander le remboursement des sommes empruntées.

L'entreprise en démarrage n'a toujours pas engrangé de revenus.

Les retards s'accumulent

Le président et chef de la direction d’Orbite Technologies, Glenn Kelly, soutient par contre que l’usine est sur le point d’atteindre les objectifs fixés par les créanciers. « On a produit du 4N7 ce qui est très près du 5N+. On est très contents des résultats. »

Il confirme toutefois que le prêteur suit l’évolution de l’usine de près. « Il est conscient, dit-il, des progrès qui ont été réalisés. »

La mise en production a été lancée le 30 septembre dernier. Glenn Kelly admet que cela a pris plus de temps que prévu.

Le rodage du personnel, des mises au point techniques et des ajustements ont parsemé le parcours de mise en marché de l’usine de Cap-Chat.

D’ailleurs le dernier communiqué de l’entreprise fait état d’autres problèmes. « Avant de partir en opération sur une base plus continue, nous voulons faire une vérification mécanique sur des éléments chauffants des deux fours. Pour nous ce n’est pas inquiétant », précise M. Kelly.

Malgré les retards et les contretemps, Glenn Kelly se dit d’autant plus fier des résultats que les tests ont été effectués pour de l’alumine 4N7 de la même qualité que les cristaux qui ont servi à alimenter le four. Cela démontre, explique le porte-parole d’Orbite, que le procédé produit une alumine sans impureté.

Du laboratoire à l'usine

Le PDG assure que tous les tests effectués démontrent que la technologie d’Orbite fonctionne.

Il n’en demeure pas moins, selon les experts consultés, qu’Orbite est dans une phase cruciale de son développement. Le passage du laboratoire à l’usine n’est pas simple et comporte beaucoup de risques. Il n’est pas très étonnant, d’après les analystes, que les prêteurs soient nerveux.

Selon Michel Jébrak, Cotitulaire de la Chaire en entrepreneuriat minier UQAT-UQAM et enseignant à l’UQAM, il n’est pas surprenant que la mise à l’échelle industrielle du procédé de traitement d’Orbite « ne se fasse pas sans quelques adaptations ».

L’universitaire estime que si Orbite réussit son pari, il s’agira là d’un exploit remarquable.

La production directe d’alumine de manière économique est un vieux rêve des métallurgistes et chimistes.

MIchel Jébrak, cotitulaire de la Chaire en entrepreneuriat minier UQAT-UQAM et enseignant à l’UQAM

Cap-Chat garde espoir

L’usine embauche une soixantaine de personnes à Cap-Chat. La Haute-Gaspésie fonde toujours beaucoup d’espoir sur l’usine d’Orbite, indique le préfet Allen Cormier. « Mais, il y a quand même certains tests effectués qui démontrent que le produit est de qualité et répond aux standards », indique M. Cormier qui rappelle aussi qu’il s’agit d’une toute nouvelle technologie et que les gens doivent être patients.

Plusieurs petits investisseurs de la région ont acheté des actions d’Orbite à un moment où l’action valait facilement plus d’un dollar.

Le titre, qui vaut 0,27 ¢ à la bourse de Toronto, s’est déjà vendu à plus de 3,50 dollars en 2012.

Le projet a depuis beaucoup évolué. Orbite demeure tout de même un investissement pour le moins aventureux, puisque l'entreprise n'a pas encore réussi à transposer son procédé expérimental en un procédé commercial.

Orbite ambitionne toujours de produire trois tonnes d’alumine par jour d’ici la fin du second trimestre 2017 ou dans les trois ou quatre mois suivants la production commerciale d’une tonne par jour.

Marchés potentiels

Jusqu’à maintenant, Orbite a envoyé des échantillons à une vingtaine de clients potentiels. Trois échantillons de plus grandes tailles ont aussi été expédiés à deux clients. « Là, on frôle la limite entre échantillons et ventes », ajoute Glenn Kelly. Ces clients en sont à l’étape d’intégrer l’alumine d’Orbite dans leurs composants.

Même si aucun contrat de vente n’a été signé, Glenn Kelly croit que son entreprise sera en mesure de livrer commercialement de l’alumine au moment où la production commerciale sera lancée. Une quinzaine de clients potentiels attendent aussi des échantillons de l’alumine produite directement à Cap-Chat dans les fours Outotec pour tester le produit.

L’alumine de haute pureté produite par Orbite devrait entrer dans des composants de haute technologie comme des écrans DEL ou des céramiques utilisées par l’industrie médicale ou militaire. Le principal marché visé pour le moment est les États-Unis, mais l’Europe et notamment l’Asie, pour certaines piles, sont aussi des débouchés possibles.

En 2016, Investissement Québec et Ressources Québec ont investi respectivement 5 millions et 10 millions de dollars dans l’entreprise.

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