Qui l'eût cru? L'Alberta affiche maintenant un taux de chômage de 7,9 %, plus élevé qu'au Québec, où il est stable à 7,6 %, et que la moyenne du pays, maintenant à 7,3 %. L'Alberta, riche à craquer il y a à peine deux ans, a vu son économie péricliter rapidement avec la chute des cours du pétrole. Des dizaines de milliers d'emplois ont été perdus, le taux de chômage a doublé, l'économie décroît, tout ralentit, recule, descend. Le déficit du gouvernement de l'Alberta pourrait dépasser les 10 milliards de dollars l'an prochain.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion
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L'Alberta a tout misé sur le pétrole. Et, contrairement à la Norvège, la province n'a pas su prévenir les coups. Son fonds souverain -- l'Alberta Heritage Trust Fund -- n'a jamais été assez garni pour permettre à la province d'éponger ses déficits et de réinvestir dans son économie. Si l'Alberta avait fait le choix de mettre de l'argent de côté durant les bonnes années du pétrole, la province pourrait combler les pertes d'aujourd'hui et stimuler autrement son économie.

Qu'on soit d'accord ou non avec le développement des sables bitumineux de l'Alberta, c'est sur la gestion de l'économie et des finances publiques des dernières décennies qu'il faut s'interroger. Pourquoi avoir mis tous ses oeufs dans le même panier? Pourquoi ne pas avoir joué de prudence en maintenant une capacité fiscale plus élevée pour alimenter le fonds souverain de la province et prévoir les jours difficiles? Pourquoi de si faibles impôts et l'absence d'une taxe de vente?

Aujourd'hui, l'effondrement de l'Alberta est spectaculaire. Son gouvernement est obligé de demander de l'aide au gouvernement fédéral. Qui aurait osé penser une telle chose il y a 10 ans, il y a 5 ans, 2 ans, 18 mois?

Le modèle albertain, c'est celui du tout ou rien. Les prix élevés du pétrole et les capacités techniques d'exploiter les sables bitumineux ont enrichi l'Alberta et ses citoyens. Le modèle sociopolitique favorisant de faibles charges fiscales a fonctionné durant les années de forte croissance. Aujourd'hui, avec la chute des prix du pétrole, c'est toute une économie qui s'effondre. Des dizaines de milliers de familles sont ébranlées.

Le modèle québécois, en contrepartie, est un modèle qui favorise un tissu social étendu et une intervention plus importante de l'État. Les impôts sont franchement plus élevés. L'économie est plus diversifiée mais moins agile si on la compare à celle de l'Alberta. Mais le Québec, s'il ne croît pas comme l'Alberta dans de bonnes années, ne chute pas non plus comme elle dans les moments difficiles. Le graphique suivant exprime bien l'amplitude des variations en Alberta et au Québec. La province pétrolière tombe de haut lorsqu'elle chute. Le Québec, en retour, affiche un niveau de croissance plus stable, avec de faibles fluctuations 

Que penser? Quel modèle est le moins déstabilisant pour les citoyens? Le modèle albertain -- forte variation du PIB, dépendance aux ressources, faibles charges fiscales -- est-il le meilleur? Ou celui du Québec -- faible variation du PIB, économie plus diversifiée mais moins agile, charges fiscales élevées avec un tissu social étendu -- est-il le meilleur? 

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