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Moins d'investissements américains au Québec à cause de la langue, selon une étude

Les investisseurs institutionnels américains investissent beaucoup moins dans les entreprises québécoises que dans celles du reste du pays à cause de la différence de langue, établit une recherche de l'Université de la Colombie-Britannique (UBC).

Un texte de Nahila Bendali

Les résultats publiés dans le journal Management Science surprennent l’auteur principal de la recherche, le professeur Russell Lundholm de l’école de commerce de l'UBC. Une entreprise québécoise semblable à une entreprise d'ailleurs au Canada en matière d’âge, de secteur ou de taille aura 50 % moins d’avoirs américains, explique le professeur.

« Les entreprises [québécoises] offrent les mêmes protections pour les investisseurs, [... le] même marché boursier, alors on se demande : ''À quoi les investisseurs américains réagissent-ils?'' », ajoute M. Lundholm.

Afin d’isoler la variable de la langue, Russell Lundholm explique que son équipe a élaboré une grille du « niveau de francophonie » (frenchness score) pour les entreprises du Québec. Les entreprises ayant une présence majoritairement française sur leur site web, selon le nombre de documents en français et en anglais, obtenaient une plus note plus élevée dans la grille.

L’usage du français ainsi que la quantité de français publié sur le site web d’une entreprise alimentent le préjugé des investisseurs américains envers les compagnies québécoises, conclut l’étude. D’autres facteurs, comme des membres du conseil d’administration ou des analystes financiers ayant de l’expérience américaine ou vivant aux États-Unis, peuvent atténuer ce préjugé, ajoute le professeur.

L’étude a aussi évalué les investissements provenant de la Grande-Bretagne et de la France. Les investisseurs institutionnels britanniques démontrent le même préjugé envers les entreprises québécoises par rapport aux entreprises du reste du Canada, alors que les investisseurs français démontrent un préjugé opposé. La langue est donc le facteur qui peut expliquer le sous-investissement américain au Québec par rapport au reste du pays, et non une perception de risques plus élevés au Québec, indique le chercheur.

Des occasions manquées?

Russell Lundholm explique que l’usage du français peut inquiéter les investisseurs anglophones qui craignent de ne pas comprendre certaines informations importantes. Pour attirer les investisseurs institutionnels américains, il croit que les entreprises peuvent s’ajuster en offrant plus de documentation en anglais sur leur site. Ils peuvent également nommer à leur conseil d'administration un ou des membres avec de l'expérience de travail aux États-Unis.

« Il y a un sous-investissement au Québec. Si ces investisseurs peuvent être à l’aise avec la présence francophone des entreprises québécoises, il y a peut-être de bonnes occasions d'affaires là-bas. [Les entreprises] sont peut-être sous-évaluées parce que les investisseurs américains les évitent », ajoute le professeur Lundholm. Cet aspect n’a toutefois pas été prouvé, nuance-t-il.

La recherche a comparé les investissements américains, français et britanniques dans les compagnies canadiennes cotées en bourse entre 2000 et 2012. Il s’agit de 2094 compagnies, dont 233 du Québec.

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