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Négociations sur l'ALÉNA : à quoi s'attendre pour l'Ontario ?

C'est ce matin, à Washington, que s'amorce la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) entre les représentants du Canada, des États-Unis et du Mexique. Des négociations devraient durer plusieurs mois, possiblement jusqu'au printemps 2018.

Plusieurs des enjeux qui seront discutés entre les représentants des trois pays pourraient avoir un impact important sur les entreprises ontariennes.

L'industrie de l'automobile sera particulièrement attentive aux négociations, un secteur où le Canada possède tout de même un certain avantage selon Yan Cimon, professeur à la faculté d'administration de l'Université Laval.

« Notre avantage dans cette industrie, c'est d'être très intégré avec les États-Unis, donc on peut montrer, preuves à l'appui, que l'industrie canadienne est génératrice d'emplois de qualité, pas seulement au Canada mais aux États-Unis également. »

Les discussions concernant les niveaux de pièces d'origines nord-américaines dans les voitures seront à surveiller lors des négociations.

« Certains petits manufacturiers de pièces d'auto veulent augmenter le niveau de contenus nord-américains, affirme Patrick Leblond, professeur à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa. Mais d'autres plus grandes entreprises, comme Linamar, préféreraient sans doute qu'il n'y ait pas d'augmentation pour continuer de s'approvisionner en Asie et ainsi optimiser leurs opérations. Ce n'est pas clair s'il y aura des modifications sur ce point », dit-il.

La ministre Chrystia Freeland a fait du resserrement des normes environnementales et des normes du travail l'une des priorités canadiennes dans ces négociations. Des mesures qui pourraient aussi nuire au Mexique dans le secteur de l'automobile, croit M. Leblond.

Toujours dans le secteur de l'automobile, le Canada pourrait profiter des changements récents sur le plan des nouvelles technologies pour s'imposer, croit M. Cimon. « Avec la tendance vers l'électrification Canada des transports, dit-il, et d'un autre côté la tendance vers l'automatisation, ça pourrait permettre au Canada à se trouver une niche dans des secteurs qui ne sont pas nécessairement avancés aux États-Unis. »

Le dossier épineux du bois d'œuvre

Le bois d'œuvre ne fait pas parti de l'ALÉNA, mais le dossier fera partie des discussions. Il s'agit d'un secteur d'une haute importance pour la province selon Luc Bouthillier, professeur au département des sciences du bois et de la forêt de l'Université Laval. « Il faut être très vigilant, dit-il, et s'assurer que les représentants commerciaux de l'Ontario ont bien saisi les enjeux forestiers qui sont vitaux pour le nord de l'Ontario. »

M. Leblond doute qu'une entente définitive soit possible dans le dossier du bois d'œuvre. Il croit cependant que le Canada va se battre pour conserver le mécanisme indépendant de règlements des différends, prévu par le chapitre 19 de l'ALÉNA. Un mécanisme qui est déjà dans la mire des Américains, qui veulent l'éliminer et soumettre les différends à leur propre tribunal administratif.

« C'est certain que le Canada et le Mexique tiennent beaucoup au mécanisme de règlement des différends prévu par le chapitre 19, mais est-ce que les États-Unis tiennent vraiment à éliminer, ce n'est pas clair, affirme M. Leblond. Je crois que c'est une tactique de négociation de la part des États-Unis. D'un côté, ils ont aussi profité de certaines décisions de ces panels indépendants, dans plusieurs cas. »

Inquiétudes de l'industrie laitière

Les entreprises agro-alimentaires ontariennes ont peut-être matière à s'inquiéter cependant, selon M. Leblond, particulièrement dans le secteur de l'industrie laitière.

« Le Canada s'était déjà engagé à augmenter les quotas d'importation lors des négociations en vue de l'Accord de partenariat transpacifique. Le Canada pourrait peut-être répondre aux critiques de Donald Trump en faisant un compromis dans le secteur laitiers, ou encore utiliser cela pour obtenir autre chose. »

« Il ne faut pas oublier que de plus en plus de joueurs canadiens opèrent aux sud de la frontière, des entreprises comme Agropur et Saputo, qui y font de plus en plus d'acquisitions. Est-ce qu'augmenter les quotas pourrait les aider? Ce n'est pas clair, ça reste à voir. Mais l'inquiétude dans l'industrie laitière est légitime je crois. »

Un avantage pour le Canada : le temps

Les négociations concernant l'ALENA devrait se poursuivre jusqu'au printemps 2018. Mais un prolongement des négociations pourrait bénéficier le Canada. Les Américains veulent en arriver à un accord avant les élections présidentielles au Mexique l'été prochain et avant les élections de mi-mandat aux États-Unis à l'automne 2018, ce qui donne un certain avantage au Canada.

« Le Canada se satisfait du statu quo. Donc si les Américains tiennent à obtenir une entente rapide, cela va représenter un certain levier pour nous, croit M. Leblond. Les États-Unis seront peut-être, à ce moment, prêt à faire plus de concessions pour avoir un accord rapidement. »

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