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Nouveau front dans la guerre canadienne du ketchup

Face aux nouveaux tarifs douaniers de 10 % sur le ketchup et d'autres marchandises qu'elle exporte au Canada, le géant américain Kraft Heinz ouvre un nouveau front dans la guerre du ketchup qu'il mène au Canada.

L'entreprise alimentaire américaine, qui a perdu de nombreux clients au pays quand elle a déménagé sa production de ketchup du Canada aux États-Unis, en 2014, souhaite redorer son image.

C'est avec une campagne de relations publiques où ses liens avec le Canada seront mis en évidence qu'elle a choisi de le faire.

Heinz souhaite ainsi rappeler qu'elle fabrique encore certains de ses produits au pays, comme le fromage et le beurre d’arachide, et qu'elle « fait partie intégrante du tissu canadien ». L'entreprise emploie 2000 personnes au Canada.

Heinz, qui a fusionné avec Kraft en 2015, a perdu depuis son déménagement d’importantes parts de marché au Canada au profit de la marque French, qui a des installations canadiennes de production de ketchup.

« Les tarifs douaniers ne font qu'empirer les choses pour eux et c'est pourquoi ils réagissent », explique Sylvain Charlebois, professeur en distribution alimentaire et en politique agroalimentaire à l'Université Dalhousie, à Halifax.

« Il va y avoir des millions et des millions de dollars en tarifs douaniers, et c'est donc une chose difficile à absorber pour n'importe quelle organisation », a indiqué de son côté Av Maharaj, vice-président des affaires corporatives de Kraft Heinz Canada.

Le géant souhaite aussi changer l’image qu’il s’est forgée lorsqu’il a quitté son usine de Leamington, en Ontario.

« Il y a un malentendu dans les médias, qui affirment que nous avons quitté Leamington. Nous ne l'avons jamais vraiment fait », affirme M. Maharaj.

Le porte-parole indique qu'après avoir vendu son usine à Highbury Canco, cette entreprise a négocié des ententes avec Kraft Heinz pour produire bon nombre de ses produits pour le marché canadien, y compris des haricots en conserve et du jus de tomates.

Pertes de parts de marché

Après le déménagement de la production de ketchup de Kraft Heinz aux États-Unis, la marque américaine French en a profité pour s'approvisionner en tomates cultivées à Leamington et s'est installée dans une usine de production près de Toronto.

Ce geste a conquis le cœur de nombreux Canadiens et a eu des conséquences négatives pour Kraft Heinz. Selon la société d'études de marché Euromonitor International, de 2016 à 2017, les ventes du ketchup French au Canada ont plus que doublé, passant à 11,1 millions de dollars, tandis que celles de Heinz ont chuté de 5 % pour s'établir à 126,4 millions de dollars.

À l’époque de son déménagement, Heinz avait mis à pied 740 personnes et avait fait craindre pour le marché des producteurs locaux de tomates.

Dans le cadre de la guerre tarifaire que se livrent maintenant le Canada et les États-Unis, le premier ministre Justin Trudeau visitera justement dimanche l’usine de Leamington abandonnée par Kraft Heinz il y a quatre ans.

Rappelons qu'en réponse à l'imposition par ses voisins du sud de tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium canadiens, Ottawa impose à partir du 1er juillet un tarif de 10 % sur de nombreuses importations de produits de consommation américains.

D'après un texte de Sophia Harris, de CBC