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Offrir de l’artisanat autochtone en cadeau… est-ce de l’appropriation culturelle?

Après une autre année riche en polémiques entourant l'appropriation culturelle – des Indians de Cleveland au gin Ungava – les non-Autochtones doivent se demander s'il existe des circonstances où il est acceptable de porter des cadeaux à motifs autochtones, comme des mocassins, des vêtements ou des bijoux.

L’utilisation d’éléments d’une culture qui n’est pas la sienne fait de plus en plus réagir. Mais au Manitoba, au cours des dernières années, il y a eu une éclosion d’initiatives et de réussites artisanales autochtones, dont l’Aboriginal Designers Cooperative, la compagnie de mocassins Manitobah Mukluks, et la marque de vêtements Voilà, par Andréanne Dandeneau.

De plus, des évènements comme la sixième vente d'artisanat autochtone de Noël, organisée par le Centre Neeginan, à Winnipeg, mettent de plus en plus de produits culturels à la portée de consommateurs non autochtones.

L’artiste visuelle et bijoutière Mona Moquin croit que la place grandissante qu'occupent les biens autochtones dans le marché constitue un développement positif. La fière Métis franco-manitobaine fabrique des mocassins, des boucles d’oreille perlées et d’autres accessoires avec des matériaux traditionnels.

« Ça permet aux gens d’entamer une conversation. Depuis [la Commission de vérité et réconciliation], les gens s’intéressent un peu plus à comment et pourquoi on fait ce qu’on fait. Ça peut vraiment sensibiliser les gens à la réconciliation et aux enjeux que les Autochtones vivent présentement ou qu’ils ont vécus à l’époque », soutient Mme Moquin.

La Winnipégoise insiste également sur l’importance d'expliquer les éléments traditionnels de ses oeuvres à ses clients.

« C’est lorsque quelqu’un [de non autochtone] veut profiter tout simplement [de notre culture], ou peut-être faire du tort, que c’est dangereux et puis ça blesse beaucoup », avoue-t-elle.

Appropriation ou revitalisation?

Même son de cloche chez le professeur d’études autochtones Robert Innes, de l’Université de la Saskatchewan, qui met l’accent sur l’authenticité de la source des objets.

« Si les articles sont fabriqués par des peuples autochtones et sont clairement identifiés comme tels, alors ce n’est pas de l’appropriation culturelle », tranche le professeur Innes.

L’homme cri de la Première Nation Cowessess dit que l’échange de cadeaux fabriqués par des artisans autochtones peut appuyer une revitalisation des cultures et des techniques traditionnelles.

C’est soutenir les artisans et leur cheminement, et propager leurs traditions.

Robert Innes, professeur d'études autochtones, Université de la Saskatchewan

Le professeur universitaire est heureux que la question d’appropriation culturelle semble maintenant occuper une place importante dans le discours public. Bien qu’il y ait eu une certaine réticence à en discuter de la part de la population non autochtone, Robert Innes souligne que c’est un enjeu important que chacun devrait considérer.

« Si on savait que nos actions dérangeaient un de nos proches ou une connaissance, on arrêterait ces actions-là, constate M. Innes. Alors pourquoi est-ce qu’on n’en ferait pas de même pour d’autres personnes? C’est une simple question de respect et de courtoisie réciproques. »

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