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« On était condamnés à investir », dit le grand patron de Simons

« Notre problème, c'est un problème de croissance », lance d'emblée Peter Simons, dirigeant de l'entreprise familiale qui porte son nom. Mardi, la plus vieille entreprise privée au Canada a reçu un appui de taille de la part du gouvernement du Québec afin de l'aider dans cette poussée de croissance. Le PDG explique son projet.

Une entrevue de Vincent Champagne

Le gouvernement du Québec a annoncé qu’il octroyait à Simons une aide financière de 98 millions de dollars, dont 81 millions sous forme de prêt. À quoi va servir cet investissement?

Le projet, c’est la construction d’un nouveau centre de distribution à Québec. Ce sera un centre hautement automatisé de 500 000 pieds carrés. À l’intérieur de ce bâtiment, il faut financer de l’équipement à la fine pointe de la technologie pour 51 millions de dollars. Cette aide du gouvernement va aussi nous permettre de garder notre centre de distribution actuel pour y développer un « accélérateur », qui va aider les petites entreprises en commerce électronique à se lancer sur le web. Ça va devenir un centre de compétences, mais aussi un pôle logistique.

Pourquoi aviez-vous besoin de construire ce nouveau centre de distribution et de transformer l’ancien. Quelle est votre stratégie?

Nos ventes sont en feu ces temps-ci, avec l’expansion de l’entreprise et le développement de notre site web. Nos ventes sur le web vont dépasser 20 % cette année, et je pense qu’on s’en va vers 30 %. En commerce électronique, on croît exponentiellement. Toute cette croissance, ce succès, ça met une énorme pression sur notre capacité à traiter les commandes et à les expédier promptement. Aussi, avec le manque de main-d’œuvre au Québec, notre enjeu, ce n’est plus juste de créer des emplois, c’est surtout de consolider ceux que l’on a déjà. On veut rendre [nos employés] très productifs en [leur] donnant accès aux outils les plus avancés possible.

On entend souvent parler de crise dans le commerce de détail, avec par exemple la faillite de Sears, le départ de Target, la suppression de postes à La Baie. Vous n’êtes pas du tout dans cette situation?

Non. On est à une très bonne place. Notre business, ça roule. Notre problème, c’est un problème de croissance. On est un peu victimes de notre succès, dans le fond. On était condamnés à investir. En fait, on venait de finir un cycle d’investissement. J’aurais pu arrêter tout ça, et on en a parlé longtemps. On aurait pu arrêter la croissance, arrêter le web, arrêter toute acquisition de trafic et de croissance. Ça a l’air paradoxal, mais c’est la vérité, on en a discuté. Pour nous, le défi, c’était de continuer cette croissance, de trouver les investissements et de ne pas sacrifier nos valeurs comme entreprise familiale. On est enraciné à Québec, et on voulait rester ici. On a des compétences dans nos équipes, qu’on a construites au fil des années.

Vous ne pouviez pas faire ça sans l’aide du gouvernement du Québec? En 178 ans d’existence, c’est la première fois que vous ouvrez votre capital : le gouvernement, par le biais d’Investissement Québec, devient actionnaire à hauteur de 17 millions de dollars.

On aurait pu arrêter la croissance, et attendre trois ou quatre ans pour accumuler les fonds, mais trois ou quatre ans dans le commerce électronique, c’est une éternité. Ça m’a fait trop peur, ça aurait été irresponsable. Il fallait trouver un partenaire. Je comprends que c’est une grosse décision, mais c’est un bon investissement. Ce n’est pas une subvention, c’est un prêt avec de l’équité. Ce n’est pas le moins cher, le retour est très bon, mais c’est quand même un investissement structurant pour le Québec du point de vue de l’économie numérique.

Quand on parle d’automatisation, c’est souvent pour remplacer des employés. Votre projet va-t-il créer des emplois ou en faire perdre?

L’automatisation chez Simons va être créatrice d’emploi. La productivité va nous rendre plus compétitifs. Il n’y aura aucune perte d’emploi, parce qu’on va avoir plus de ventes, de meilleures habiletés à servir nos commandes rapidement et de l’habilité renforcée pour exporter aux États-Unis. On va consolider 450 emplois. Il y aura création d’emplois, mais mon focus, maintenant, c’est la consolidation des emplois de qualité. Ça touche la productivité de chaque individu. À Québec, en ce moment, le taux de chômage est très faible. Je ne pense pas qu’on aurait la main-d’œuvre nécessaire si on n’investissait pas dans cette automatisation.