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Opposition au libre-échange : perceptions et réalité

S'il y a un fait qui doit préoccuper les décideurs économiques et politiques, c'est bien la perception d'une part grandissante de citoyens que le modèle économique actuel ne fonctionne pas pour eux. J'ai parlé de rupture le 15 août dernier dans un billet. Cette rupture s'incarne par le rejet de plus en plus fort du libre-échange. À tort ou à raison.

Gérald Fillion

  Un texte de Gérald Fillion

Le rejet est tel que les deux principaux candidats à la présidentielle américaine s'expriment souvent sur le libre-échange pour en dénoncer seulement ses abus et ses revers. Le républicain Donald Trump considère le libre-échange comme étant un désastre et entend mettre fin à l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et s'opposer à la ratification du Partenariat Transpacifique (PTP).

Hillary Clinton, pour sa part, dit s'opposer à des accords de libre-échange qui tuent des emplois et qui provoquent une baisse des salaires et ça inclut, a-t-elle dit, le PTP. « Je m'y oppose maintenant, je vais m'y opposer après l'élection et je vais m'y opposer à titre de présidente » a déclaré la candidate démocrate.

Les Américains, opposés au libre-échange

Dans un sondage publié en juillet par CBS et le New York Times, 35 % des personnes interrogées aux États-Unis affirmaient que la mondialisation leur avait permis de faire des gains, qu'elle avait été profitable pour eux. En retour, c'est 55 % des citoyens interrogés qui avaient une opinion négative du libre-échange, affirmant que ces accords avaient entraîné une détérioration de leur situation.

Difficile de vérifier si ce qu'affirment les gens dans un sondage est entièrement vrai. Mais il est clair que la perception est que le libre-échange a été néfaste pour une majorité de citoyens.

J'ai toujours entendu les économistes affirmer que l'ouverture des marchés a fait des gagnants et des perdants. Au final, le calcul donne un résultat positif, disent plusieurs : le PIB a augmenté, la richesse par habitant est en hausse et la croissance économique a été au rendez-vous.

Cependant, avant d'arriver au résultat final en bas de la colonne de chiffres, il y a un élément fondamental qui doit être étudié : c'est celui des écarts de richesse et des inégalités. Nous en avons souvent parlé, mais il y a un lien assez fort entre les inégalités grandissantes et la perception que le libre-échange est néfaste pour une majorité de gens.

Les entreprises veulent qu'on ouvre les frontières pour augmenter leur production et leurs exportations, leurs revenus et leurs profits. Mais cette ouverture permet-elle aux employés d'en profiter? Oui, si l'entreprise embauche parce qu'elle bénéficie de ventes supplémentaires. Mais non, si l'entreprise décide de déplacer une usine du Canada vers le Mexique pour réduire ses coûts de fabrication. Si c'est bon pour les marges de l'entreprise, le libre-échange ou l'ouverture des marchés permettent-ils à tous les travailleurs d'en profiter?

La tentation du repli sur soi

Cela dit, il y a d'autres facteurs à considérer. Le New York Times a publié un texte fin juillet sur les travaux des professeurs Edward Mansfield et Diana Mutz de l'Université de la Pennsylvanie, qui sont d'avis que les électeurs n'abordent pas l'enjeu de la globalisation en se préoccupant de leur intérêt personnel ou dans l'intérêt de l'ensemble du pays.

Pour ces deux chercheurs, les Américains qui s'opposent au libre-échange s'appuient sur des croyances ou des réflexes, beaucoup plus que sur des données concrètes :

  • le réflexe isolationniste : ces citoyens croient que les États-Unis ne devraient pas prendre part aux grands enjeux planétaires et s'occuper de problématiques extérieures;
  • le réflexe nationaliste : ces gens sont d'avis que les États-Unis sont supérieurs aux autres nations et, donc, le monde n'a qu'à faire comme les Américains;
  • le réflexe ethnocentriste : ces gens divisent le monde en différentes ethnies et celle à laquelle ils appartiennent est à leurs yeux supérieure et digne de confiance.

Ainsi, si on comprend bien, ces deux chercheurs semblent dire que l'opposition au libre-échange n'est pas rationnelle. Ils parlent, en fait, d'une série de réflexes humains qui relèvent plus de la perception que les citoyens ont du monde que de véritables considérations économiques.

Ils affirment que le niveau d'éducation y est pour quelque chose : plus les gens ont un niveau élevé d'éducation, plus ils ont tendance à ne pas s'opposer à la mondialisation.

Plus que jamais, les perceptions sont fortes et c'est ce sur quoi les politiciens basent leur projet politique, ces jours-ci.

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