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Ottawa aurait expédié des tests sur des œufs de saumon génétiquement modifiés à l'Î.-P.-É.

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) aurait cédé aux pressions de l'entreprise AquaBounty et accéléré des tests de sécurité sur les œufs provenant de saumons génétiquement modifiés, selon des documents internes du gouvernement fédéral. AquaBounty devait respecter des dates d'échéance pour l'exportation de ces oeufs.

Les documents obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information par le chercheur Ken Rubin et partagés avec CBC montrent que des vétérinaires travaillant à l'Île-du-Prince-Édouard et dans d'autres bureaux d'inspection de l'ACIA au pays ont subi de fortes pressions d'AquaBounty pour conclure rapidement les inspections devant déterminer si les oeufs étaient libres de tout virus ou d'autres maladies.

Les quelque 600 pages de courriels montrent que les hauts responsables de l'organisme de réglementation de la salubrité des aliments au pays étaient préoccupés par les délais courts qu'on cherchait à leur imposer et par les pressions exercées par l'entreprise.

AquaBounty, basée au Massachusetts, produit le premier saumon génétiquement modifié au monde pour la consommation humaine. Les saumons sont modifiés pour croître plus rapidement. Leurs œufs sont cultivés dans des réservoirs à l'Île-du-Prince-Édouard et au Panama.

« L'exportateur exerce une pression énorme sur nos services dans la région de l'Atlantique pour effectuer des tests dans le but d'exporter [les œufs de saumon] », écrit Michael Langlet, spécialiste des politiques et des programmes de l'ACIA, dans un courriel en 2016.

Approuvé pour la consommation humaine

Le saumon génétiquement modifié a été approuvé pour la consommation humaine en mai 2016 au Canada, mais avant cette date, AquaBounty négociait déjà ses premiers permis majeurs d'exportation d'oeufs génétiquement modifiés vers la Chine, l'Argentine et le Brésil. Ces pays voulaient s'en servir pour la recherche. L'entreprise cherchait également à obtenir de nouveaux permis pour envoyer des œufs au Panama à des fins commerciales.

Les documents montrent qu'AquaBounty craignait qu'après la date du 23 mars 2016, les œufs de poisson commencent à éclore et ne servent plus à rien. L'entreprise a envoyé régulièrement des courriels aux inspecteurs de l'ACIA pour faire accélérer les tests.

Pas de traitement de faveur, selon l'ACIA

L'inspecteur régional principal de l'Atlantique pour l'ACIA, David Cameron, affirme que les discussions avec les exportateurs font partie du processus. Il soutient qu'AquaBounty n'a reçu aucun traitement spécial.

Le mandat de l'ACIA est d'assurer la salubrité des aliments au Canada et des produits alimentaires exportés.

« Il n'est pas rare que nous recevions des encouragements de l'industrie, quelle que soit la marchandise, pour faciliter ces exportations », a précisé David Cameron.

Pour sa part, l'entreprise AquaBounty se défend d'avoir fait pression sur l'ACIA. Elle affirme qu'elle demandait seulement à l'agence fédérale de faire son travail et de terminer le processus en temps opportun.

« Nous avions des œufs dont la durée de conservation était limitée, qui devaient être expédiés avant une certaine date, et nous avions fourni à l'ACIA toutes les informations nécessaires pour obtenir les permis », a fait savoir Dave Conley, directeur des communications d'AquaBounty, dans un échange de courriels avec CBC.

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