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Pages Jaunes : De l’outil de référence au bottin mal-aimé

La semaine dernière, Page Jaunes annonçait la suppression de 18 % de sa main d'œuvre. D'abord connue pour son annuaire téléphonique, l'entreprise canadienne a tenté en vain un virage numérique dans la dernière décennie. De nos archives, le règne révolu du bottin Pages jaunes.

À une certaine époque, l’annuaire téléphonique était un outil précieux et recherché. Chaque foyer avait le sien et l’on se l’arrachait au travail. En le consultant dans une cabine téléphonique, il n’y avait rien de plus frustrant que d’y découvrir une page déchirée.

Cette archive silencieuse nous montre l’âge d’or de cet outil de référence. Dans ces images tournées en 1956, l’annuaire de Bell est distribué de résidence en résidence. Les camelots reçoivent un accueil affable des occupants qui accusent réception de leur bottin. On est bien loin des piles abandonnées au pas de la porte qui accumulent saleté et poussière avant de prendre le chemin du recyclage.

Cette année-là, avec ses 1000 pages blanches et ses 760 pages jaunes, le nouvel annuaire de Bell est le plus volumineux jamais publié au Canada.

Un annuaire téléphonique, avec ses milliers de pages, c’est aussi énormément de papier. Ces séquences de tournage du 6 septembre 1974 nous montrent l’impression et l’assemblage des pages jaunes dans une imprimerie de Montréal. L’industrie a développé un papier extrêmement fin pour l’impression du bottin. Néanmoins, les préoccupations environnementales et la progression du numérique précipiteront la désaffection des Canadiens pour cet outil dans sa version imprimée.

Jusqu’à tout récemment, l’annuaire téléphonique était encore omniprésent dans l’espace public. Bien que ces images semblent provenir d’une autre époque, elles datent bien du 21e siècle, plus précisément du 13 septembre 2002. Le bottin Pages jaunes trône sous chaque téléphone public, complété par l’annuaire de pages blanches de Bell. Le premier sert à des fins commerciales, alors que le second réunit les coordonnées résidentielles des abonnés de Bell pour une région donnée.

La percée de la téléphonie cellulaire aura certainement participé à la disparition des téléphones publics et au passage, des bottins qui les accompagnaient. C’est d’ailleurs au cours de cette période que Bell Canada se départit de sa division des annuaires, incluant Page Jaunes.

En 2009, plus personne ne veut d’un annuaire téléphonique imprimé. Dans ce reportage diffusé au Téléjournal Montréal du 8 septembre 2009, il fait figure de mal-aimé. Les passants interviewés par le journaliste Yvan Côté confient le placer au recyclage sans même l’avoir consulté. Un Montréalais a de son côté créé un groupe Facebook réclamant sa disparition. Il organise une manifestation pour remettre en bloc les bottins jamais demandés au bureau de Pages jaunes.

L’entreprise défend pourtant que sept personnes sur dix utilisent encore l’annuaire imprimé. Elle permet aussi dorénavant aux citoyens de se retirer de sa liste de distribution.

En 2010, Pages Jaunes opère un grand virage numérique, se décrivant désormais comme chef de file des médias numériques et des solutions de marketing. L’entreprise ne connaît malgré tout aucune croissance de ses revenus. À une importante restructuration effectuée en 2015, s’est ajoutée une seconde vague de compression annoncée plus tôt ce mois-ci.