Retour

Pangea continue de susciter la grogne chez la relève agricole

Il y a un an, la Caisse de dépôt et le Fonds de solidarité FTQ ont investi chacun la somme de 10 millions de dollars dans la société d'activités agricoles Pangea. Les inquiétudes face à ce modèle sont encore nombreuses. Le ministre de l'Agriculture s'est penché sur la question et promet de partager son analyse avant la prochaine campagne électorale.

Un texte de Cathy Senay

Au congrès annuel de la Fédération de la relève agricole du Québec, le rêve d’acquérir une terre occupe les esprits de beaucoup de jeunes producteurs présents.

Alexandre Bernier Normandin, 21 ans, est le président de la relève agricole au Saguenay-Lac-St-Jean. À ses yeux, il a un compétiteur de taille. Selon lui, la société Pangea possède maintenant 2000 hectares dans sa région.

Pangea a été fondée en 2012. Elle crée des partenariats sous forme de coentreprises avec des agriculteurs. Ces producteurs peuvent conserver leurs terres tout en exploitant celles louées auprès de la société. Les profits sont par la suite répartis entre les agriculteurs et la société.

La question d’Alexandre Bernier au ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, était empreinte de son exaspération. Il perçoit Pangea comme un obstacle, une société qui l’encercle. « Quand on parle de Pangea chez-nous, vous le savez, les investissements sont très importants. »

Le ministre Laurent Lessard croit qu’il ne s’agit pas d’un enjeu électoral. Il a rencontré les différentes instances pour mener son examen : « Moi ce n’est pas Pangea mon problème. Parce qu’il pouvait le faire sans fonds publics [...] À partir du moment où il y a des fonds publics et un fonds [FTQ] pour lequel on donne des crédits, j’ai l’obligation de les rencontrer. »

« Je dois vous dire que ceux qui s’associent avec Pangea, ce sont des producteurs du Québec [...] Ça leur appartient, c’est leur choix. Il y en a qui ont décidé d’opérer comme ça. Il y en a qui ont décidé d’opérer autrement. »

Toutefois, le ministre Lessard demeure critique.

Une terre en héritage?

Être propriétaire d’une terre agricole est la grande préoccupation de Vincent Guenette, 31 ans, et de Léanne Larocque Bordeleau, 26 ans. Ils sont parents d’un petit garçon d’un an, Charles-Henri.

Ces producteurs maraîchers louent une parcelle de terre pour le moment, tout en respectant leur plan d’affaires pour atteindre leur objectif de posséder leur terre.

La société Pangea n’œuvre pas dans leur région, les Basses-Laurentides. À distance, ils se questionnent comme bien d’autres.

L'UPA furieuse

Depuis l’an dernier, le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, traîne les mêmes frustrations. Il les a répétées aux membres de la relève agricole lors du congrès.

« Ce n’est pas normal que la Caisse de dépôt et le Fonds de solidarité offrent du capital patient à Pangea, à Charles Sirois, et pas aux jeunes qui démarrent en agriculture. Ce n’est pas normal que les agriculteurs soient obligés de concurrencer la Caisse de dépôt pour acquérir des terres, sans qu’on ait les mêmes outils pour acheter ces terres-là. »

L’UPA doit rencontrer les responsables de Pangea au début du mois d'avril, mais elle veut au préalable recevoir les résultats financiers des coentreprises. Autrement dit, est-ce que les jeunes agriculteurs partenaires auprès de Pangea en ont pour leur argent?

L’UPA souhaite de son côté mettre en place une fiducie avec le fonds d’action de la CSN. « Cette fiducie-là va se porter acquéreur de terres agricoles, mais dans le seul objectif d’implanter ou de démarrer de jeunes entreprises et de rendre ces agriculteurs propriétaires de ces terres. »

Vincent Guenette se questionne s’il s’agit là aussi du bon modèle à suivre. Il espère que la fiducie ne jouera pas ce rôle. « Un genre de régime féodal où le paysan travaille pour son seigneur et ne devient jamais maître de sa terre. C’est ça qui m’inquiète un peu. »