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Paradise Papers : qu'a-t-on appris jusqu'à maintenant?

Après les Panama Papers, le monde feutré des paradis fiscaux est de nouveau secoué par une fuite massive d'informations. Le nouveau dévoilement, qui s'intitule Paradise Papers, se décline en plus de 13 millions de documents qui dévoilent des liens entre les paradis fiscaux et quelque 120 politiciens et leaders mondiaux.

Qu'est-ce que c'est?

Les Paradise Papers contiennent, notamment, des informations sur des politiciens, des hommes d’affaires, des multinationales, des membres de la royauté et des vedettes internationales

Documents d'entreprises, courriels, images, fichiers PDF et Excel et même des vidéos… les millions de fichiers qui apparaissent dans la fuite sont aussi nombreux que variés. Ils proviennent de deux cabinets qui oeuvrent dans des paradis fiscaux: Appleby et Asiaciti Trust.

En collaboration avec des médias de partout dans le monde, membres du Consortium international des journalistes d’enquête (ICIJ), Radio-Canada épluche depuis des mois cette montagne de données, véritable fenêtre sur un univers obscur.

Le Canada au coeur des Paradise Papers

Près de 3300 politiciens, hommes d’affaires et sociétés canadiens sont cités dans les documents révélés dans les documents. C'est cinq fois plus que la filière canadienne qui contenait 625 noms dans les Panama Papers de 2016. Les paradis fiscaux gravitent autour de vous sans pour autant éveiller le moindre soupçon.

Qui est impliqué au pays?

  • De grands argentiers libéraux : le chef du financement du Parti libéral du Canada, Stephen Bronfman, et l’ex-sénateur libéral Leo Kolber ont joué un rôle clé dans une fiducie de plus de 60 millions de dollars américains aux îles Caïmans. Des experts estiment que des millions de dollars pourraient avoir échappé au fisc canadien dans ces opérations.
  • Le Canadien de Montréal : le mythique club de hockey brasse des affaires avec le cabinet Appleby depuis près de 30 ans, a confié l’administration d’un régime de prestation pour ses employés au cabinet d’avocats en 2010. La fiducie établie aux Bermudes a toutefois été révoquée depuis.
  • La Katanga Mining Limited : il s'agit une filiale de la société suisse Glencore enregistrée à la Bourse de Toronto. Cette dernière est l’une des plus importantes entreprises du monde dans le secteur du pétrole, des mines et de l’agriculture. Sa filiale canadienne détient une mine de cuivre et de cobalt en République démocratique du Congo (RDC).
  • La Canada Steamship Lines (CSL) : dirigée pendant de nombreuses années par Paul Martin, l'entreprise navale a continué à croître dans les paradis fiscaux après qu'il eut quitté la politique. L'homme d'affaires et ex-politicien libéral n'y voit rien de bien surprenant.
  • Jean Chrétien : mêlé aux paradis fiscaux malgré lui, l’ex-premier ministre du Canada affirme qu’il ignorait qu’une compagnie pétrolière pour laquelle il a été lobbyiste en Afrique était incorporée aux Bermudes, un archipel reconnu comme un paradis fiscal. Il condamne ce genre de manipulation qui sert trop souvent à s’enrichir au détriment des gouvernements.

Quel montant échappe au fisc canadien?

Des millionnaires et des entreprises canadiennes engrangent leurs profits à l'étranger afin de réduire leur fardeau fiscal, mais il est difficile de déterminer combien d'argent échappe ainsi chaque année au fisc canadien.

Le sénateur Percy Downe de l’Île-du-Prince-Édouard tente d’évaluer la somme qui échappe ainsi annuellement à cause des paradis fiscaux, mais il se heurte aux résistances de l’Agence du revenu du Canada (ARC).

Du côté des paradis fiscaux, les cabinets d'avocats font appel à des lobbyistes pour freiner la lutte pour la transparence. Ils multiplient des rencontres avec des représentants des États-Unis, de France, de Russie, du Brésil, du Mexique, du Royaume-Uni, de Corée du Sud... et du Canada. Coût de l'opération de charme : 50 000 $ par cabinet, annuellement.

Des liens entre l'entourage de Trump et le Kremlin?

Des membres du cabinet du président américain Donald Trump, certains de ses proches conseillers et des donateurs politiques influents se retrouvent dans les Paradise Papers. Les documents contenus dans la fuite détaillent leurs investissements dans les paradis fiscaux, qui relient même le secrétaire américain au Commerce jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir en Russie.

Quelles multinationales dans la mire des journalistes?

Apple a fait appel au cabinet d'avocat Appleby pour minimiser ses impôts sur ses liquidités détenues à l'étranger. Le groupe américain a jeté son dévolu sur l'île de Jersey, un paradis fiscal notoire près du Royaume-Uni, a appris le quotidien américain The New York Times. Apple s'est toutefois défendu en affirmant notamment que ses montages fiscaux étaient motivés par la volonté de payer l'essentiel de ses impôts aux États-Unis.

L'équipementier sportif américain Nike a pour sa part profiter d'une faiblesse dans la loi néerlandaise afin de réduire à seulement 2 % son taux d'imposition en Europe, a découvert le journal français Le Monde grâce au Paradise Papers.

Le milieu artistique n'est pas épargné

La chanteuse Madonna détenait 2000 actions de SafeGard Medical Limited, une entreprise de fournitures médicales enregistrée aux Bermudes.

Bono, le chanteur du groupe U2, a utilisé la compagnie installée à Malte Nude Estates afin d’investir dans un centre commercial en Lituanie.

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