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Pas encore de craintes pour les emplois malgré les sanctions contre Bombardier

Les droits antidumping de 80 % imposés vendredi par les tribunaux américains à l'avionneur Bombardier et ses appareils de la C Series inquiètent les employés de l'entreprise, mais ils ne croient pas que des emplois soient en jeu pour l'instant.

Cette nouvelle sanction du département américain du Commerce s'est ajoutée aux droits compensatoires de 220 % précédemment infligés par le même département pour la C Series.

La plainte, déposée par le constructeur rival Boeing, est liée à des allégations voulant que Bombardier ait été financé par les gouvernements, ce qui aurait permis de vendre les appareils de la C Series sous leur prix coûtant.

En entrevue à RDI Matin Week-end, le coordonnateur québécois du Syndicat des machinistes du Québec, David Chartrand, a estimé que cette décision des autorités américaines représentait « un coup de masse au visage des travailleurs et travailleuses ».

Selon M. Chartrand, ces employés « vont continuer de faire leur travail de façon professionnelle, mais devront vivre avec une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête ».

Le représentant syndical dit ne pas envisager de pertes d'emplois à court terme. « C'est une décision préliminaire pour l'instant, mais il n'en demeure pas moins que ce sont des tarifs très élevés, et que si ces tarifs demeurent en place, ils fermeront [à Bombardier] 30 % du marché, soit le marché américain, qui est un très gros marché. »

Les sanctions du gouvernement américain sont pour l'instant préliminaires, et le fond de l'affaire doit être entendu d'ici à février prochain, où un jugement sera rendu au pays de l'Oncle Sam.

Pas encore d'emplois perdus

Toujours selon M. Chartrand, la situation n'en est pas encore rendue à un point où les travailleurs de Bombardier doivent penser à changer d'emploi. D'autant plus que les premiers appareils de la C Series doivent sortir des chaînes de montage vers le mois d'avril 2018.

« Nous avons essayé de réconforter les employés, assure-t-il. Nous avons discuté avec eux. [Le PDG de Bombardier] Alain Bellemare est venu à l'usine pour rencontrer les travailleurs et expliquer le processus. »

« Il y aura des dates, vers les mois de décembre et février, où l'employeur et le gouvernement devront aller présenter des preuves devant les tribunaux », poursuit le coordonnateur syndical.

Celui-ci estime par ailleurs que Boeing n'a aucune raison de jouer les vierges offensées. « Boeing accuse Bombardier de faire exactement ce qu'ils ont fait avec [l'avion] 737. [...] Quand ils lancent un nouveau produit, ils ajustent pratiquement toujours le prix à la baisse pour les premiers clients. »

Pourquoi agir de la sorte? Pour M. Chartrand, cette décision s'explique par le contexte actuel, où l'heure est à l'« America First » et au protectionnisme.

Les politiciens au secours de Bombardier?

David Chartrand estime que la classe politique d'ici offre un important appui aux travailleurs de Bombardier. Lorsque vient le temps de parler de l'administration du président américain Donald Trump, cependant, le ton change du tout au tout.

« J'ai bien plus peur de ce que [les Américains] vont faire que de ce que nos gouvernements vont faire. La question se pose même à savoir si ce n'est pas intentionnel, de la part du gouvernement américain, de tirer dans toutes les directions. Il y a eu le bois d'oeuvre, c'est présentement le cas pour l'aéronautique, il y a eu la gestion de l'offre, mais aussi le vin en Alberta et en Colombie-Britannique, nos fromages... toutes nos industries. Est-ce une façon d'obtenir des concessions de la part du gouvernement canadien? »

Le danger, poursuit M. Chartrand, serait que le transporteur aérien Delta annule sa commande, ou que les autres entreprises du genre s'abstiennent d'acheter chez Bombardier en raison des droits compensatoires et antidumping. « Cela pourrait entraîner moins d'embauches, voire mener, à la limite, à des mises à pied si le carnet de commandes n'augmente pas assez rapidement », craint-il.

Il n'y a toutefois pas lieu de paniquer, précise le coordonnateur syndical. La majorité des commandes d'avions de la C Series proviennent d'ailleurs dans le monde et ne sont donc pas visées par les décisions américaines.

Que ce soit en Europe ou en Asie, M. Chartrand estime que Bombardier pourra développer d'autres marchés.

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