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Pêche au homard : les Maritimes profitent de l’accord de libre-échange avec l’Europe

Les transformateurs de homard canadiens ont fait de bonnes affaires à l'exposition de fruits de mer de Boston, qui se terminait mardi. Depuis l'entrée en vigueur de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, ils profitent de l'abolition progressive des tarifs sur les fruits de mer exportés en Europe.

Un texte de Nicolas Steinbach

À l'exposition des fruits de mer de Boston, les contrats se discutent derrière les portes closes. Les transformateurs de homard de Pêcheries Westmorland, à Cap-Pelé au Nouveau-Brunswick, rencontrent un important client français. Ils espèrent lui vendre plus de homards destinés aux grands épiciers européens.

« C'est clair que dans l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, ça lui permet de vendre des produits de homard à un bien meilleur prix à sa clientèle, donc c'est très important », indique Nat Richard, directeur des affaires corporatives à Pêcheries Westmorland

Les frais de douane pour exporter des fruits de mer vers l’Europe baissent depuis le mois de septembre, soit depuis l'entrée en vigueur de l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne (AECG). Certains produits, comme le homard vivant, étaient auparavant taxés à 8 %. Aujourd'hui, ils sont exemptés de frais de douane.

« Parlons de la chair de homard, lance Nat Richard. Un plein conteneur qui est expédié en Europe ça peut avoir une valeur de 500 000 dollars. Vous imaginez un produit comme ça qui est [taxé] à 20 %. Avant [l'AECG], on parlait de 20 %, maintenant on est déjà rendu à deux réductions de droits de douane. On est rendu à 13,33 % et bientôt, dans trois ans, on sera à zéro. »

Les portes de l'Union européenne sont désormais grandes ouvertes et certaines provinces, comme l'Île-du-Prince-Édouard, commencent déjà à en récolter les bénéfices.

« Avec l'Europe, les producteurs me disent qu'ils voient de nouvelles occasions d'affaires. J'ai parlé hier avec un de nos meilleurs producteurs de homard et il me dit que l'an dernier il a vendu une cinquantaine de conteneurs en Europe. Cette année ça va être à peu près 80 », fait valoir Wade Maclauchlan, premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard.

Les pêcheurs américains défavorisés

Mais le bonheur des uns fait le malheur des autres. Les pêcheurs de homard américains ne font pas partie de l’accord de libre-échange avec l’Europe. Les Américains ne font d’ailleurs plus partie non plus de l'Accord de Partenariat transpacifique, signé il y a quelques jours.

Pendant que les pêcheurs canadiens vendront du homard exempté de frais de douane aux Européens et aux 11 pays du Partenariat transpacifique, les pêcheurs du Maine continueront à payer ces frais.

« C’est une importante différence de tarif entre le Canada et les États-Unis quand on parle d’exportation de homard en Europe. Nous sommes très inquiets. Nous savons que nous n’allons pas complètement perdre le marché européen en raison de la demande, mais c’est un défi », souligne, avec inquiétude, Annie Tselikis, qui représente les producteurs de homard du Maine.

De 15 % à 20 % du homard du Maine est exporté en Europe chaque année. Il s'agit donc d'un marché important pour les pêcheurs. Devant cette situation, des entreprises du Maine ont décidé de traverser la frontière pour profiter des tarifs avantageux avec l’Europe.

« Nous observons que des compagnies américaines font des investissements au Canada et ça nous déplaît. Nous aimerions voir ces investissements au Maine, ces emplois créés au Maine. Nous observons ça depuis l’entrée en vigueur de l’accord entre le Canada et l’Europe », dénonce Annie Tselikis.

Goûter à sa propre médecine

Ces accords de libre-échange font mal aux États-Unis et les élus canadiens en sont conscients.

Présent à Boston, Laurent Lessard le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, en a profité pour dénoncer les tarifs imposés à la frontière par le président américain aux produits canadiens.

Mais cette fois, avance-t-il, ce sont les Américains qui devront continuer à payer le prix fort pour exporter leurs fruits de mer. L'acheter du Canada sera bien moins cher.

« Les Américains se voient obligés de vendre dans un marché où il y a de forts tarifs. M. Trump, il sait c'est quoi les tarifs. Il nous menace avec des tarifs, alors quand il va sur le marché asiatique, il fait face à la même concurrence. Nous on va bénéficier de cet accès-là, on va en profiter pour vendre avant eux autres et quand on prend le marché ça a des répercussions sur leurs propres entreprises » , lance Laurent Lessard le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec.