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Pétrolia : d'un cafouillage politique à l'autre...

Pétrolia n'a rien à se reprocher dans l'affrontement qui s'est dessiné depuis novembre dernier avec Philippe Couillard. La rhétorique du premier ministre vise ses adversaires politiques et non pas la petite pétrolière québécoise, qui ne fait qu'une chose depuis sa fondation en 2002 : explorer dans le but d'exploiter le sol du Québec.

Un texte de Gérald Fillion

Cela dit, une fois qu'on a fait ce constat, il est bien peu probable que Pétrolia ait gain de cause dans ce dossier. Le PDG Alexandre Gagnon a beau dire qu'il n'exclut pas une poursuite contre le gouvernement s'il ne respecte pas les ententes de 2014, Pétrolia n'a pas les moyens d'amorcer une longue bataille contre Québec. Et Philippe Couillard le sait.

Qu'elle soit réellement fondée ou non sur le désir profond de protéger un milieu naturel, la position du premier ministre devrait lui permettre de faire des gains politiques. Et les coûts financiers d'une bataille contre Pétrolia ne pèseront certainement pas plus lourd que les points politiques envisagés.

Pétrolia a perdu 855 000 $ au cours des 9 premiers mois de 2015 et son action, qui était à 2,50 $ il y a 5 ans, n'est plus qu'à 0,22 $ aujourd'hui.

Si ça avait été Shell ou Suncor, Exxon Mobil ou Chevron qui avait investi à l'île d'Anticosti, croyez-vous que le premier ministre aurait pratiquement laissé entendre qu'il allait déchirer l'entente? Et si le prix du baril de pétrole était à 100, 150 ou 200 $, la conviction de Philippe Couillard serait-elle la même? Je m'arrête ici dans la spéculation. Restons sur les faits.

La réalité, c'est que des sociétés comme Pétrolia, qui investissent beaucoup d'argent et de temps dans la recherche, ont besoin de capital de risque, d'investisseurs patients et d'un bon soutien gouvernemental. C'est ce qu'a obtenu Pétrolia avec l'intervention du gouvernement Marois dans l'actionnariat des projets d'Anticosti. Sans l'État, le risque est trop grand pour les pétrolières. Les grandes n'y vont pas. Les petites ont besoin d'argent. C'est ça, la réalité.

Ce qui est bien réel aussi, et ce sont les vraies questions qu'il faut se poser à propos d'Anticosti, c'est de savoir si les promesses ne sont pas exagérées. Est-ce bien avisé d'explorer et d'exploiter le sol d'Anticosti sur le plan écologique et géologique? Ce terrain n'est-il pas trop hostile? Est-ce qu'on doit, au Québec, aller de l'avant avec de l'exploitation pétrolière alors qu'on cherche de nouvelles énergies et qu'on espère accélérer la transition vers des énergies renouvelables? Sur les 43 milliards de barils équivalents de pétrole qui se trouveraient dans l'île, l'estimation d'experts, à savoir qu'on pourrait récupérer 584 millions de barils, est-elle juste?

Finalement, l'intervention politique dans ce dossier est un cafouillage sur toute la ligne. Est-ce que le gouvernement Marois avait raison de prendre un risque aussi important en investissement plus de 100 millions de dollars d'argent public dans le pétrole d'Anticosti en 2014? Et le premier ministre Couillard a-t-il raison d'agir comme il le fait en ce moment en parlant de saccage, de destruction, de délabrement de l'île d'Anticosti, laissant entendre qu'il ne va pas honorer l'entente conclue avec Pétrolia?