Retour

Plaidoyer pour un meilleur soutien de l’agriculture et de la foresterie

L'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) croit que le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie devraient miser sur l'agriculture et la foresterie pour contrer la dévitalisation.

Un texte de Joane BérubéCette conclusion est issue du travail de trois chercheurs qui ont voulu analyser l’évolution du modèle agricole québécois dans un contexte où ce modèle est soumis à des pressions comme le déclin démographique ou la dévitalisation de certaines communautés.

C’est dans cette optique qu’ils ont choisi le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie comme terrain d’analyse. Les chercheurs y ont observé des stratégies alternatives de valorisation du territoire par la forêt et l’agriculture qui pourraient être prometteuses pour contrer la dévitalisation si elles étaient mieux soutenues par une politique agricole et des mesures gouvernementales.

Ainsi, malgré un contexte difficile, le secteur agricole de la Gaspésie se démarque, relève un des auteurs du rapport, le chercheur François L’Italien. « La Gaspésie se distingue particulièrement sur le plan de la production biologique où plus de 30 % des productions sont en régie biologique », relève M. L’Italien.

Les Gaspésiens ont aussi saisi le sens du mot concertation dans la filière agroalimentaire, souligne François L’Italien. « Les Gaspésiens, poursuit-il, ont très rapidement compris qu’on ne pouvait pas donner à l’agriculture une impulsion décisive sans asseoir autour d’une même table les élus, les gens associés au développement du territoire, au développement économique. Il faut trouver des moyens de travailler ensemble. »

C’est vrai aussi pour le Bas-Saint-Laurent. Dans les deux régions, les chercheurs ont noté que quatre filières avaient déjà été ciblées par le milieu pour leur potentiel de développement.

Une intervention stratégique et coordonnée viendrait donner un élan à ces cultures, croit l’IREC.

François L’Italien cite en exemple les céréales de spécialités où un transformateur, la Minoterie des anciens, n’arrive pas à recruter assez de producteurs pour répondre à la demande.

Le chercheur croit qu’il est possible de partir de ce type d’initiatives, pour l’instant plutôt marginales, et d’en faire une filière de production structurante pour des communautés confrontées à des problèmes de dévitalisation. « L’objectif, explique M. L’Italien, est de redonner à l’agriculture un poids économique important dans les communautés qui ont historiquement vu une part importante de leur territoire habité par des agriculteurs. »

Une politique agricole

Pour soutenir le développement d’une foresterie et d’une agriculture tournées vers la communauté, les chercheurs croient que le Québec doit se doter d’une politique agricole.

Les producteurs ont besoin d’un appui, croit l’IREC. « Et en particulier les producteurs qui sont situés loin des marchés qui doivent éponger des coûts de transport, mutualiser des frais associés à cet éloignement comme faire venir des agronomes, avoir des services techniques », fait valoir François L’Italien.

Une politique agricole, ajoute le chercheur, permettrait de développer des mesures en lien avec les spécificités des régions éloignées.

Reste que les moyens sont encore à développer pour que l’agriculture régionale puisse se redéployer au cours des prochaines années.

L’IREC propose de mettre entre autres sur pied un programme d’établissement de la relève afin de stimuler l’apparition de nouveaux producteurs de métiers. L’Institut suggère aussi de mettre en place un incubateur d’entreprises.

Les chercheurs croient également que les producteurs devraient avoir accès à un fonds de financement à long terme propre aux filières agricole et forestière pour le développement d’infrastructures.

Ce « fonds-filière » favoriserait le regroupement pour de l’entreposage, du conditionnement ou de la transformation et viendrait donc pallier les contraintes liées à la démographie et à la petitesse d’un marché local. « Notamment, pour le petit fruit où en Gaspésie, les producteurs sont éloignés les uns et des autres et n’ont pas accès à une infrastructure de congélation ou de transformation », illustre le chercheur de l’IREC.

La Gaspésie compte un peu moins de 300 fermes et 5000 propriétaires de lots boisés de quatre hectares et plus.

L’agriculture compte pour plus du tiers du PIB régional du Bas-Saint-Laurent où on dénombre plus de 2000 exploitations agricoles. La région compte aussi 12 500 propriétaires de lots boisés de quatre hectares et plus. En 2014, 42 % de la production forestière du Bas-Saint-Laurent était issue de lots privés comparativement à 18 % en Gaspésie.

Plus d'articles

Commentaires