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Pont Champlain : un nouvel échéancier en vue?

Le ministre fédéral des Infrastructures, Amarjeet Sohi, rencontrera les syndicats des travailleurs du nouveau pont Champlain la semaine prochaine pour discuter de la sécurité du chantier, mis à mal par un accident survenu il y a deux semaines. L'échéancier pourrait être réévalué.

Les travailleurs sont inquiets des conditions de sécurité sur le chantier après un accident qui aurait pu bien mal se terminer, il y a deux semaines, lors d'une opération de levage « improvisé » d'une pièce dont la charge avait été mal évaluée. La pièce, un support horizontal installé entre deux piliers du futur pont, a fait basculer la grue, mais celle-ci s’est accotée sur un échafaudage

« Ils ont évalué une charge à tant de tonnage, mais dans le cas réel, c'était beaucoup plus pesant », a raconté à Radio-Canada le président du Conseil provincial international, Michel Trépanier. « Ils ont failli échapper le morceau. »

L'accident n'a fait aucun blessé, mais il a poussé les syndicats à s'interroger sur la cadence actuelle des travaux, qu'ils jugent trop élevée.

Les travaux de construction du nouveau pont Champlain ont débuté en mai 2015 et doivent en théorie se terminer en décembre 2018. Cet échéancier de trois ans et demi – 42 mois au total – a peut-être été fixé pour plaire à l'opinion publique, laissent entendre les syndicats, mais il risque maintenant de compromettre la qualité du produit et la sécurité des travailleurs.

Sans parler nécessairement de conditions dangereuses, Michel Trépanier admet que les constructeurs « tournent les coins ronds » à certains moments.

« On l'a déjà vu, avec la pression, admet-il. C'est pour ça que les travailleurs lèvent le flag. Ils l'ont déjà vu auparavant et puis c'est pour ça que c'est rendu dans les médias présentement. »

Selon les syndicats, il y a un manque de communication entre ceux qui travaillent dans les bureaux – les ingénieurs – et ceux qui oeuvrent sur le terrain, et les travaux n'avancent pas aussi rapidement qu'on l'aurait voulu parce qu'on a fixé l'échéancier sans nécessairement tenir compte des intempéries comme la neige, le vent et la pluie.

Les syndicats font en outre valoir qu'ajouter quelques mois pour terminer le chantier serait un investissement tout à fait justifiable pour construire une structure dont la durabilité promise est de 125 ans.

Le ministre Sohi dit entendre les revendications des travailleurs et souhaite que ces rencontres puissent rassurer les futurs utilisateurs du pont.

« Nous poursuivons nos efforts pour que le pont ouvre à la date prévue. C'est pourquoi nous avons mis en places des mesures pour accélérer les travaux. Cela doit se faire sans compromettre la qualité du travail, la sécurité des travailleurs et la durée de vie du pont à long terme », a-t-il assuré mardi.

Le chantier de 4,2 milliards de dollars connaît des ratés depuis quelque temps déjà.

Les travaux ont été ralentis cet été en raison d’un problème dans l'octroi des permis permettant de transporter les poutres et les caissons en acier sur le chantier. Les ingénieurs de l’État ont aussi été en grève plusieurs mois.

De plus, on apprenait lundi que le chantier pourrait en plus avoir été ralenti par des travaux additionnels à effectuer pour corriger des défauts de fabrication sur des pièces névralgiques, principalement sur des poutres-caissons provenant de l’entreprise Tecade, en Espagne.

Le contrat de livraison du nouveau pont Champlain prévoit une amende de 100 000 $ par jour de retard, puis de 400 000 $ par jour après la première semaine de retard, jusqu’à concurrence de 150 millions de dollars.

Puisqu’il s’agit d’un projet à prix fixe et à date fixe, ce sera en théorie au consortium Signature sur le Saint-Laurent d'assumer les coûts additionnels.

Avec la collaboration de Jean-Sébastien Cloutier et Sébastien Derosiers

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