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Près de 200 fermes laitières en moins dans la région de Chaudière-Appalaches

La région de Chaudière-Appalaches a perdu près de 200 producteurs laitiers depuis 2010. Cette situation inquiète l'Union des producteurs agricoles (UPA) de la région. À bout de souffle, bon nombre de producteurs n'ont d'autre choix que de déclarer forfait.

Un texte de Marc-Antoine Lavoie

Les propriétaires de la ferme Guylou à Saint-Magloire dans la MRC des Etchemins sont parmi les 30 producteurs qui ont abandonné la production laitière au cours de la dernière année seulement en Chaudière-Appalaches, selon une estimation de l’UPA.

Voyant leur retraite s’effriter sous le poids des dettes, Louis-Gilles et Guylaine Lapointe ont dû tout vendre, même leur maison.

« C'était la ferme paternelle. J'étais la cinquième génération, c'est ça qui est le plus dur », se désole Louis-Gilles Lapointe.

En plus du défi que cela représente d’évoluer dans une industrie en pleine mutation, le mauvais sort s’est acharné sur la famille Lapointe ces dernières années.

« La grange s’est écrasée et on n’a pas eu d’argent de l’assurance. On a reconstruit de nos mains. On a eu l'intoxication alimentaire en 2002, on a perdu 33 vaches en un mois et demi. Coup sur coup, ça fait qu'on s'est rendu là » relate Louis-Gilles Lapointe.

Des producteurs vulnérables

Entre 2010 et 2016, le nombre de fermes laitières en Chaudière-Appalaches est passé de 1370 à 1196 selon des données de la Fédération des producteurs de lait du Québec.

« Aussitôt qu'un village perd une entreprise agricole, c'est une famille de moins. C'est fort possible des élèves de moins dans les écoles, c'est la quincaillerie, c'est tout le monde qui en souffre », déplore le président de l’UPA de Chaudière-Appalaches, James Allen.

Difficultés financières, manque de relève et de main-d’œuvre, incertitudes entourant la gestion de l’offre et la négociation de l’ALENA avec l’administration de Donald Trump sont autant de raisons qui expliquent cette tendance.

« Tout le stress avec l'ALENA, c'est sûr que c'est de l'incertitude. On a beau accroître notre droit de produire, si les prix du lait qu’on reçoit baissent un peu, ça met la sécurité financière de l'entreprise en jeu », illustre M. Allen.

D’agriculteur à gestionnaire

La relève était pourtant assurée pour les Lapointe. Leur fils Marc-André Lapointe est un passionné d’agriculture. Il souhaitait ardemment reprendre l’entreprise de ses parents, mais la santé financière de la ferme familiale était trop fragile pour assurer la transition.

« C’est un gros deuil. Quand tu as travaillé toute ta vie pour reprendra ça, ça fait mal au cœur », explique-t-il.

Il se réjouit toutefois que la vente de l’entreprise au Groupe Mario Côté, un géant de l’agriculture qui possède notamment les Canards du Lac Brome, assure une retraite à ses parents. L’homme d’affaires pourrait démarrer une bergerie sur la terre familiale selon les informations fournies lors de la transaction.

Marc-André Lapointe croit d’ailleurs que pour tirer leur épingle du jeu, les agriculteurs doivent maintenant développer des habiletés en gestion.

Le président de l’UPA de la Chaudière-Appalaches souligne d’ailleurs que « les institutions financières disent que les entreprises laitières sont plus endettées ici que dans les autres provinces. »

James Allen croit que la nouvelle génération de producteurs, qui obtiennent un diplôme d’études collégiales ou universitaires, sera en meilleure posture pour développer leurs entreprises.

Des fermes de plus en plus grosses

Louis-Gilles et Guylaine Lapointe avaient une cinquantaine de vaches laitières, un peu en deçà de la moyenne québécoise qui se situe à près de 60 vaches.

« Au lieu de tirer 50 vaches, il aurait fallu monter au-dessus de 100 vaches pour être capable d’arriver », affirme Louis-Gilles Lapointe.

Malgré la perte de plusieurs centaines de fermes laitières ces dernières années au Québec, le lait demeure un secteur en croissance.

Les agriculteurs qui vendent leurs quotas de production permettent à d’autres de prendre de l’expansion. « Il y a une analyse de groupe au Québec pour les fermes de 100 vaches et plus et ce groupe grossit d'année en année », affirme James Allen.

M. Allen admet avoir de la difficulté à déterminer sur quel front l’UPA doit travailler pour stabiliser le nombre de fermes au Québec.

L’UPA de la Chaudière-Appalaches a fait un premier pas avec la mise en place d’un programme pour soutenir les entreprises de la région dans leur recherche de main-d’œuvre.

« Quand on a une qualité de vie, des fois c'est plus facile de se lever le matin. Quand on voit tout noir, ça ne nous aide pas non plus à prendre des bonnes décisions », conclut-il.

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