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Président Trump : guerre commerciale en vue?

Ainsi, ce sera Donald Trump. À quoi doit-on s'attendre, dorénavant?

Un texte de Gérald Fillion

Premièrement, sur les marchés, c'est le choc. Mais, une fois l'étonnement passé, à peine quelques heures plus tard, on voit que l'élection de Donald Trump peut aussi représenter une nouvelle positive et des occasions d'affaires pour beaucoup d'entreprises. Ainsi, les sociétés militaires, comme Lockheed Martin, étaient en forte hausse mercredi en bourse. C'est le cas aussi des producteurs d'équipements et de produits miniers, comme Caterpillar, les pharmaceutiques comme Pfizer, les banques également.

Donald Trump veut réduire la réglementation financière et investir massivement dans le secteur militaire. Il est favorable à une exploitation plus intensive du pétrole, du gaz et du charbon et favorise le projet de pipeline Keystone XL. Le futur président des États-Unis ne prévoit pas non plus légiférer à propos du prix des médicaments, comme l'envisageait Hillary Clinton.

Deuxièmement, sur le plan commercial, l'incertitude est très grande. Donald Trump ne veut pas engager les États-Unis dans le Partenariat transpacifique et veut renégocier l'ALENA, l'Accord de libre-échange nord-américain. Cela aura des répercussions potentiellement importantes sur le Mexique d'abord, Donald Trump ayant très peu abordé, durant la campagne, les relations avec le Canada. Le président élu a évoqué des barrières tarifaires avec le Mexique et aussi avec la Chine, un tarif de 45 % a-t-il dit en campagne sur les biens importés.

De telles barrières entraîneront des coûts supplémentaires pour les entreprises américaines qui importent à partir de ces pays, ce qui est le cas du secteur de l'automobile et des technologies. Les actions d'entreprises comme GM, Ford, Magna et Apple étaient en baisse sur les marchés boursiers mercredi.

The Economist parle d'une « guerre commerciale » en vue, qui illustre, selon le célèbre magazine, le déclin de l'empire américain. Donald Trump aura le pouvoir d'imposer, sans passer par le congrès, des tarifs de 15 % sur les importations pour 150 jours. Il lui sera difficile de faire accepter par le Congrès à majorité républicaine et favorable au libre-échange, des tarifications plus élevées, plus étendues et plus longues. The Economist s'attend à une réaction importante de la Chine.

Il entend aussi retirer les États-Unis, deuxième émetteur de gaz à effet de serre de la planète, de l'accord de Paris sur le climat.  

Troisièmement, sur le plan de l'économie intérieure, les propositions de Donald Trump vont ralentir l'économie américaine, selon les économistes. Du moins, la croissance ne viendra pas compenser les baisses d'impôts, évaluées à 4400 milliards de dollars américains sur 10 ans. Donald Trump prévoit une croissance de 3,5 à 4 % du PIB, une projection peu crédible, affirment les experts. Réductions d'impôts, investissements dans les infrastructures et le secteur militaire vont soutenir l'économie, c'est clair. Mais, une « guerre commerciale » et l'expulsion d'immigrants ou la réduction de l'accueil d'immigrants vont nuire à l'économie américaine.

Quatrièmement, Donald Trump prévoit des compressions majeures en éducation, en environnement et en santé avec l'abolition de l'Obamacare. Ces compressions auront un effet positif sur le budget, mais négatif à moyen et long terme, étant donné les effets structurels que ça va entraîner. La baisse des impôts entraînera une chute importante des revenus et la dette devrait atteindre 28 000 milliards de dollars américains d'ici 10 ans et non 23 000 milliards comme c'est envisagé actuellement.

Enfin, Donald Trump a parlé directement aux citoyens américains qui ne croient plus dans les institutions politiques, économiques et médiatiques. À tort ou à raison, quantité d'Américains ne croient plus aux promesses économiques qui leur sont faites, n'acceptent plus les écarts de richesse entre les élites du Congrès, les financiers de Wall Street et la classe moyenne américaine. Beaucoup associent leur rejet du libre-échange et de la mondialisation à la présence des immigrants dans la population active aux États-Unis. Cette perception ne passe pas la rampe de la réalité économique : l'emploi progresse, le chômage baisse, les salaires augmentent.

Celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans les propos et les promesses de Donald Trump doivent réaliser l'importance de la rupture de confiance entre un nombre grandissant de citoyens et les décideurs économiques et politiques. Le BREXIT n'était qu'un avertissement, tout comme l'opposition de la Wallonie à l'accord de libre-échange Canada-UE.

Aujourd'hui, l'élection de Donald Trump « n'est pas la fin du monde, mais la fin d'un monde » a dit la chef du Front national en France, Marine Le Pen. Ces mots expriment le sentiment qui habite beaucoup de gens. Et le poids de ces paroles résonne encore plus fort venant de celle qui aspire à devenir présidente de la France en mai prochain en déjouant, comme l'a fait Donald Trump, tous les pronostics, toutes les institutions. Et personne ne peut dire aujourd'hui que c'est impossible.