Régulièrement, la question est relancée : devrait-on privatiser la Société des alcools du Québec (SAQ)? Certains pourraient croire que, oui, ce serait le temps de procéder à une telle privatisation en regardant de près le dernier rapport de la vérificatrice générale du Québec qui vient d'être publié.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

Les prix du vin au Québec demeurent plus élevés qu'en Ontario, les majorations de prix de la SAQ sont plus fortes sur les bouteilles à faible et moyen coûts qu'à la LCBO et les coûts d'exploitation de la SAQ augmentent plus rapidement que ses ventes. La SAQ devrait être plus efficace, selon Guylaine Leclerc.

Est-ce qu'une privatisation du réseau rendrait les vins moins chers, ferait baisser les coûts, permettrait des gains intéressants pour les consommateurs? Ce n'est pas clair. Le volume d'achat est important dans le vin, la distribution sur le territoire l'est aussi. Est-ce qu'un marché ouvert permettrait vraiment aux consommateurs de gagner sur les prix et sur le choix? Ça reste à voir, et les comparaisons avec l'Alberta ou d'autres juridictions dans le monde seront toujours difficiles à faire.

Ce qu'on voit cependant dans le rapport de la vérificatrice générale, c'est qu'en comparant deux systèmes publics semblables de vente d'alcools, ceux du Québec et de l'Ontario, on constate toujours des écarts de prix qui laissent un petit arrière-goût qui fait grimacer le consommateur québécois.

Voici une grille qu'on retrouve dans le rapport de la vérificatrice générale pour trois vins : l'un à bas prix, l'autre à un prix moyen et un dernier à un prix plus élevé. Les bouteilles moins chères sont plus dispendieuses au Québec qu'en Ontario. Les bouteilles plus chères ont sensiblement les mêmes prix dans les deux provinces.

Sur un prix de base de 3,23 $ la bouteille, la majoration au Québec est de 131 % alors qu'à la LCBO, elle est de 71,5 %. Sur un prix de base de 6,09 $, la majoration est de 121 % alors qu'en Ontario, elle demeure à 71,5 %. Pour une bouteille plus chère, d'un prix de base de 62,02 $, la majoration tombe à 66 % alors qu'elle est toujours à 71,5 % en Ontario.

Résultat : la marge brute de la SAQ est plus élevée que celle de la LCBO. « Les grands principes quant à la majoration actuelle de la SAQ remontent aux années 1970 » affirme la vérificatrice générale, qui invite la SAQ à revoir son processus de majoration.

De moins en moins de vins moins chers

La vérificatrice reproche aussi à la SAQ de ne pas offrir assez de vins à faible prix. De 2010-2011 à 2014-2015, les bouteilles à moins de 12 dollars sont passées de 28 % à 15 % des produits de la SAQ. La part des ventes brutes a chuté, passant de 31 % à 20 %.

Autrement dit, il y a 5 ans, la part des ventes de produits à moins de 12 dollars était un peu plus élevée que la part des produits vendus. Aujourd'hui, c'est le contraire : les produits peu chers sont plus faibles en volume que leur part dans les ventes brutes de la société.

La vérificatrice affirme que la SAQ doit « s'assurer que l'assortiment des produits par tranche de prix est en lien avec l'importance des ventes et les tendances du marché afin de bien servir sa clientèle. » La vérificatrice souligne que la SAQ a amorcé un tel virage en offrant de nouveaux produits sous la barre de 11,45 $.

Des coûts de plus en plus élevés

Sur le plan administratif, les coûts d'exploitation de la SAQ augmentent plus rapidement que la croissance de ses ventes. Ainsi, de 2011-2012 à 2014-2015, on note une hausse des ventes nettes de 6 %, pour une hausse des frais d'exploitation de 11 %. Quand on parle de ces frais, on fait référence à la rémunération du personnel (soit 69 % du total), ainsi qu'à l'occupation des immeubles, aux équipements et aux fournitures.

La vérificatrice souligne aussi que « de 2008-2009 à 2014-2015, le nombre d'équivalents temps complet (ETC) pour les trois secteurs d'activité de la SAQ (succursales, distribution et administration) a augmenté de 4,5 % et les dépenses liées à la rémunération, de 22 %. »

« Sur une période de sept ans, le nombre de succursales a diminué de près de 3 %, alors que le nombre d'ETC s'est accru de plus de 6 %. Cependant, l'augmentation du nombre d'employés par succursale n'a pas diminué la performance, si l'on prend en compte le nombre de bouteilles vendues par heure travaillée. En fait, la performance des employés s'est améliorée de 24 %. »

Malgré cela, il y a trop d'heures de travail les jours où les ventes sont plus faibles. Et la vérificatrice affirme que la SAQ devrait « évaluer la possibilité de maximiser l'utilisation de ses effectifs dans les succursales en tenant compte de l'achalandage. »

Alors, deux questions, pour conclure : la SAQ doit-elle générer plus de dividendes à l'État en se montrant plus efficace sur le plan administratif ou en continuant de miser sur une politique de prix plus élevés qu'en Ontario? Est-ce qu'une privatisation des activités de la SAQ permettrait aux Québécois d'avoir droit à des produits à meilleurs prix?

Plus d'articles

Commentaires