Les Québécois sont les champions de l'absentéisme au pays, un phénomène qui coûterait des milliards de dollars aux entreprises. Mais les causes de ces absences seraient souvent davantage liées aux conditions de travail et à l'organisation de celui-ci plutôt qu'à des motifs personnels.

Un texte de Michel Marsolais

Avec presque 12 jours d'absence par année, les travailleurs québécois sont ceux qui s'absentent de leur emploi le plus souvent au pays (la moyenne canadienne est de 9,5). Mais ce n'est pas parce qu’ils ont davantage la grippe.

Angelo Soares, de l'UQAM, montre du doigt les milieux de travail. Selon lui, les exigences de performance et le contrôle excessif des employés sont des facteurs directement liés à la hausse de l'absentéisme.

« L'absentéisme au Québec est plus important, mais on ne doit pas voir ça comme un problème de personnes qui ne veulent pas travailler. C'est plutôt les conditions de travail, l'organisation du travail qui sont plus stressantes. Faire plus avec moins n'a aucun sens! Et ça amène les gens à s'absenter plus du travail », affirme Angelo Soares du Département d'organisation et de ressources humaines à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) reconnaît que les motifs d'absence changent.

« Aujourd'hui, on est dans une économie plus tertiaire. On fait plus appel à des besoins intellectuels. C'est aussi là où on va voir des impacts au niveau de la santé mentale ou ces choses-là. Donc, le marché du travail se transforme et les impacts sur la main-d'oeuvre vont changer également », note Yves-Thomas Dorval, président directeur général du Conseil du patronat du Québec.

Les femmes plus touchées

Au Québec, les femmes s’absentent quatre jours de plus que les hommes (14 contre 10), mais selon Angelo Soares, ce n'est pas parce qu'elles assument une plus grande part des obligations familiales.

« Les femmes sont concentrées dans les ghettos traditionnellement féminins qui ont des conditions de travail plus difficiles, qui sont plus dures », ajoute Angelo Soares en évoquant le harcèlement sexuel et psychologique dont elles sont souvent victimes dans leur environnement professionnel.

Le Conseil du patronat du Québec assure que dans un marché où les travailleurs se font rares, les employeurs ont tout intérêt à élaborer des stratégies pour les conserver. Mais certaines choses ne changent pas.

« On est effectivement dans des enjeux de compétitivité et de productivité. Ça amène de la pression, ça l'a toujours fait, mais c'est plus exacerbé aujourd'hui. »

Des pays comme la France ou l'Allemagne ont des taux d'absentéisme beaucoup plus élevés que le Québec (environ 16 jours), mais affichent malgré tout une excellente productivité.

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