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Québec crée un groupe de travail sur l'économie collaborative

Québec crée un groupe de travail pour réfléchir sur l'économie collaborative, dont font notamment partie Uber et Airbnb, afin de « déterminer les actions les plus efficaces que peut entreprendre l'État pour intégrer harmonieusement toutes les transformations qu'elle amène. »

En conférence de presse à Montréal vendredi matin pour en faire l’annonce, la vice-première ministre et ministre de l'Économie, Dominique Anglade, a présenté les trois personnes qui en feront partie : l’ancien conseiller municipal de Projet Montréal et expert en politiques publiques Guillaume Lavoie, qui en sera le président, la PDG de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal, Christine Fréchette, et la professeure spécialisée en responsabilité sociale des entreprises à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval, Nolywé Delannon.

Le groupe de travail entreprendra une démarche de consultation cet hiver, à laquelle devraient participer des experts et des acteurs provenant de différents milieux socio-économiques, comme le milieu universitaire, celui du social, des affaires, du transport, de l’environnement, et celui des entreprises en démarrage.

La population en général pourra également participer à la consultation « à travers certains outils technologiques », et « tout groupe qui désirera être rencontré sera rencontré ».

Un rapport devrait être rendu public en mai 2018.

Le groupe va notamment se pencher sur la façon d’adapter la législation et la fiscalité à la nouvelle réalité économique induite par le web, afin notamment de stimuler l’innovation, de créer un milieu équitable pour toutes les entreprises, traditionnelles ou collaboratives, et de permettre à tous de profiter de nouvelles occasions d'affaires. Le Québec veut ainsi rattraper la France et le Royaume-Uni, qui sont pour le moment à l’avant-plan de la réflexion dans le domaine.

Des pistes de réflexion

Le groupe de travail va examiner la question de la taxation des acteurs de l’économie collaborative.

La déclaration des revenus est un autre sujet que les membres du groupe de travail aborderont. Est-ce plus facile de cacher des revenus au sein de l’économie collaborative et d’éviter de payer des impôts?

« On pourrait penser que c’est facile, mais la majorité des transactions en économie collaborative sont sur des plateformes, donc il n’y a pas d’argent comptant, il n’y a pas d’échange comptant. Ce sont des transactions électroniques. Donc, très facilement traçables », répond Guillaume Lavoie.

Les conditions de travail des employés de ces entreprises sont souvent précaires, ils ont peu de sécurité et travaillent de longues heures. Le président du groupe de travail mentionne que des changements à ce sujet s’imposent.

« Tout notre écosystème de politiques et de lois est assis sur un héritage de la révolution industrielle qui est une nation de salariés, explique M. Lavoie. Il y a de plus en plus de travailleurs autonomes, ce n’est pas nouveau, mais il y a une accélération ça, on s’en va vers une nation de travail autonome ou moins salariée. Alors, repenser le concept du salariat pour être capable de construire. C’est comme si on s’est donné un parapluie social, mais il y a de moins en moins de monde en-dessous. Peut-être que ça nous prend un autre parapluie. »

Des changements à venir

En plus des changements qui secouent l'industrie du transport et de l'hébergement, d'autres secteurs d'activités seront prochainement touchés.

« L’alimentation, c’est la prochaine vague de bouleversements qui s’en vient, affirme Guillaume Lavoie. Là-dessus, c’est intéressant, parce que la vraie question pour savoir notre ouverture à l’innovation c’est quoi notre niveau de tolérance aux bouleversements. Alors, c’est sûr qu’on va se mettre là-dedans. Après ça, on va se dire, c’est quoi les externalités, c’est quoi les effets de ça? Il y a des effets positifs et il y a aussi des effets négatifs. Par exemple, pour l’économie traditionnelle ou des concurrents différents. »

De son côté, l'entreprise Uber a dit accueillir favorablement la formation de ce groupe de travail. « Nous demeurons intéressés à collaborer afin de partager l'expertise récoltée dans le cadre de notre expérience au Québec et trouver des pistes de solution pour l’avenir », a indiqué le porte-parole d'Uber Canada, Jean-Christophe de Le Rue.

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