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Québec et Ottawa au chevet de l’industrie de la pêche au homard en Gaspésie

Le ministre fédéral des Pêches et des Océans, Dominic Leblanc, et son homologue du Québec, Laurent Lessard, de se disent très sensibles aux inquiétudes de l'industrie de la pêche au homard en Gaspésie et des travailleurs qui en dépendent. Tous deux promettent de soutenir les Gaspésiens.

Un texte de Joane Bérubé avec la collaboration de Maude Rivard

Au total 73 pêcheurs devront entièrement cesser leurs activités vendredi en raison de la fermeture de la zone de pêche qui s’étend de Percé à Port-Daniel-Gascons. Dix-neuf autres capitaines verront leur secteur de pêche réduit. La Gaspésie compte 163 homardiers.

C’est donc plus de la moitié de l’industrie qui est touchée. En usine, les mises à pied pourraient frapper autour de 800 travailleurs, dont beaucoup ne seront pas admissibles à l'assurance-emploi. La situation laisse sans travail au-delà de 140 aide-pêcheurs.

Des rencontres ont eu lieu avec la ministre du Revenu et députée de la Gaspésie, Diane Lebouthillier, et le ministre Jean-Duclos, responsable du Développement social, indique le ministre Leblanc. « On va faire tout ce qu’on peut », assure le ministre qui ajoute néanmoins qu’il ne peut pas promettre un chèque « qui arriverait automatiquement demain ».

Pêche automnale incertaine

Pour pallier les pertes de revenus, le ministre Leblanc s'est dit prêt mardi à remplacer les jours de pêche perdus par une ouverture de la pêche à l’automne. « On me dit qu’en septembre, il y aura une occasion peut-être d’ouvrir la pêche au homard, croit Dominic Leblanc. On sera entièrement à l’écoute des pêcheurs pour les aider à remplacer ces jours de pêche perdus. »

Certains homardiers des Maritimes pratiquent déjà une pêche automnale contrairement aux homardiers de la Gaspésie qui, pour des raisons de conservation, ont depuis longtemps décidé de concentrer leurs efforts de pêche au printemps.

La solution est alléchante, mais divise les homardiers.

À l’automne, le homard qui sort d’une mue est affamé. La récolte est plus abondante, mais cela a aussi un impact plus important sur la conservation de la ressource.

« Le homard est souvent de très piètre qualité, souvent en post-mue ou en pré-mue et il est très vulnérable à la capture. On en prendra beaucoup trop et il en restera moins sur le fond le printemps d’après », rapporte O’Neil Cloutier, directeur général du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie.

Les homards de la Gaspésie détiennent deux certifications de pêche durable et écoresponsable soit celles de la Marine Stewart Council (MSC) et d’Ocean Wise.

La pêche automnale serait complètement contraire au plan de gestion de la pêcherie , ajoute M. Cloutier.

« Est-ce que le MSC va accepter qu’on change nos habitudes de pêche au printemps, qui ont prouvé que nous avons une pêche très stable, pour en faire une d’automne à cause d’une situation très particulière? Pas sûr », commente M. Cloutier.

Les pêcheurs discuteront de la proposition en assemblée générale, mercredi. Toutefois, si les données relevées l’an dernier se vérifient, les baleines noires seront encore présentes dans le golfe à l’automne, ce qui rendrait la pêche en septembre tout aussi incertaine que celle du printemps.

Le Regroupement a aussi fait savoir au ministre Leblanc qu’il aurait préféré en discuter avec lui avant qu’il ne fasse état publiquement de cette solution.

Un marché à protéger

Les propositions soumises par les pêcheurs de pratiquer une pêche côtière en eaux peu profondes ainsi que d’assurer une surveillance constante des engins de pêche n’ont pas été retenues pour des raisons scientifiques, indique M. Leblanc.

Les scientifiques canadiens et américains ont rapporté des cas où des baleines noires se sont aventurées très près des côtes dans des eaux moins profondes que 10 brasses, comme le suggéraient les pêcheurs. Quant à une surveillance 24 heures sur 24 des engins de pêche, le ministre ne croit pas que ce soit possible la nuit.

Dominic Leblanc s’estime aussi responsable d’assurer la pérennité de l’industrie extrêmement dépendante du marché américain. En 2017, le Canada a exporté 6,9 milliards de dollars en poissons et fruits de mer, dont 4,3 milliards de dollars aux États-Unis.

O’Neil Cloutier convient qu’il est très important de préserver le marché. « L’histoire de cette année, dit-il, nous donnera une image qu’on n’avait pas l’an passé. »

Le pêcheur espère que cela permettra de ne pas intégrer les côtes de la Gaspésie et celles de Miscou dans la zone d’alimentation de la baleine noire.

Le ministre Dominic Leblanc rapporte que 53 baleines noires de plus ont été observées cette semaine dans la zone statique fermée à la pêche depuis le 28 avril dernier. « Ce serait, dit-il, complètement irresponsable de ne pas protéger ces mammifères marins hautement menacés. »

Québec prépare un plan

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Laurent Lessard, affirme suivre de très près la crise qui frappe la pêche au homard en Gaspésie.

Il indique en avoir discuté au cours des dernières heures avec les propriétaires d’usines ainsi que les représentants de l’Association québécoise de l’industrie des pêches.

Ses collègues, François Blais, ministre de l’Emploi, et Stéphane Billette, le ministre du Développement économique régional, ont aussi été interpellés.

Laurent Lessard se dit en mode solution, mais demande aussi au gouvernement fédéral de faire sa part. « On ne peut pas juste fermer les zones et se la fermer par la suite. Il doit aider les entreprises à passer au travers », commente le ministre des Pêcheries du Québec.

M. Lessard n’a toujours pas pu discuter avec son homologue fédéral, Dominic Leblanc. « Son cabinet nous a appelés pour nous dire qu’ils allaient fermer et voici la zone que ça comprenait. C’est la seule discussion qu’on a eue », rapporte le ministre québécois.

Laurent Lessard se dit bien conscient des enjeux concernant la protection de la baleine noire, notamment des répercussions sur le marché américain.

« On pêche de façon durable, on est certifié durable, mais on pense dans la gestion de cette certification et dans la gestion des mammifères que le pêcheur peut amener sa contribution », fait valoir le ministre pour qui les décisions du fédéral gagneraient à être plus nuancées.

Laurent Lessard estime que le ministère des Pêches et des Océans devrait se servir de la science pour aider à la cohabitation avec les baleines, que ce soit grâce à la géolocalisation ou par le développement de nouveaux engins de pêche. « Ce n’est pas normal qu’on prenne des décisions à l’ancienne », relève le ministre.

À cet égard, le ministre Leblanc se montre ouvert à ajuster ces mesures, mais l’an prochain. « Est-ce que c’est d’avoir des engins de pêche sans corde, d’avancer la date d’ouverture de la saison. Je suis ouvert avec l’industrie à toutes les solutions qui nous empêcheraient d’être dans cette situation. »

En attente du plan de pêche

M. Lessard rappelle que le Québec n’a toujours pas eu de réponse concernant le plan de développement des pêches qu’il a déposé à Ottawa. « On a mis, dit-il, notre pourcentage de contribution. Aujourd’hui, si le fédéral pouvait annoncer la contribution des pêches pour le secteur du Québec, on aurait là des outils pour aider nos industriels, nos pêcheurs, nos familles. C’est là qu’on a besoin d’argent. »

Le ministre des Pêches, Dominic Leblanc, avait promis une annonce au début de juin.

Il promet maintenant qu’il sera de passage en Gaspésie dans les prochaines semaines. « Je n’ai pas du tout oublié la demande de l’industrie québécoise. J’espère avoir de bonnes nouvelles. »

Lors du dernier budget, Ottawa s’est engagé à verser 325 millions de dollars pour soutenir l’industrie des pêches de l’Atlantique.

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