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Quelle place pour Hydro-Québec dans un contexte de révolution énergétique?

Les bouleversements majeurs dans l'industrie de l'énergie, qui laissent présager de grands impacts sur la consommation d'électricité, forcent les grands producteurs tels qu'Hydro-Québec à revoir leurs stratégies pour garantir des profits. Le président-directeur général de la société d'État, Éric Martel, examine les façons avec lesquelles la société d'État sera en mesure de tirer son épingle du jeu.

C'est un constat dans le milieu : de plus en plus de personnes se tournent vers l’énergie solaire pour subvenir à leurs besoins, a-t-il expliqué en entrevue à Gravel le matin. C’est parce que le solaire offre deux éléments attrayants : des coûts de production peu élevés ainsi qu’une réduction des impacts environnementaux.

Une fois le cap de l’autosuffisance franchi, il est également tentant pour les mini-producteurs de revendre leurs surplus à leurs voisins pour en dégager des revenus. Cette tendance est d'ailleurs déjà observable au sud de la province.

« Si vous habitez San Francisco et que vous payez 42 ¢ du kilowattheure et que vous êtes capables de produire votre propre électricité avec le solaire, ça devient intéressant », commente Éric Martel.

Bien que l’on parle d’opérations à petite échelle, ce nouveau type de concurrence est suivi de près par les grands producteurs en raison de l’incidence qu’elle se trouve à avoir sur leurs activités.

Le Québec épargné…mais pas pour longtemps

La situation demeure toutefois bien différente au Québec puisque les coûts de production sont les plus bas en Amérique du Nord et qu’ils restent également avantageux par rapport au reste de l’Occident.

Même s’il n’y a pas encore lieu de paniquer, Éric Martel reconnaît qu’Hydro-Québec devra adopter une stratégie pour faire face à la popularité croissante de la microproduction.

« Moi j’ai dit à mon équipe : ''on doit être lucides, on doit regarder les enjeux''. Le travail du PDG d’Hydro-Québec c’est pas souvent ce qui va se passer aujourd’hui, c’est ce qui va se passer dans 5 ans, 10 ans, peut-être même 15 ans », affirme-t-il.

Selon lui, deux autres phénomènes viennent également changer la donne dans le secteur de l’énergie : d’abord l’intérêt de plus en plus marqué pour les véhicules électriques. À cet élément il faut également ajouter le virage vers les énergies vertes entrepris par les grands pollueurs.

Ensuite, indique M. Martel, il y a toute la question de l’efficacité énergétique, soutenue par le développement de nouvelles technologies. C'est cette tendance qui aura le plus d’impacts au Québec dans les années à venir, croit Éric Martel.

La demande d’électricité produite par Hydro-Québec est déjà en régression depuis quelques années déjà. Or, si la demande continue de baisser, la société d’État se verra contrainte d’augmenter ses tarifs pour assurer sa rentabilité.

Sauf que des tarifs plus élevés conduiront très probablement les consommateurs à considérer l’option de l’autoproduction. Aux États-Unis, les observateurs parlent de « spirale de la mort » pour désigner ce cercle vicieux.

« Mon équipe et moi on fait face à un défi auquel on n’a jamais fait face chez Hydro-Québec. Depuis le début des années 60, aux 8-10 ans, le volume d’électricité utilisé par les Québécois doublait. […] Mais depuis 2007, on n’a aucune croissance », indique Éric Martel.

Si la tendance se maintient, Hydro-Québec pourrait heurter un mur dès 2023. C’est pourquoi il faut déjà penser aux meilleures manières d’optimiser l’exportation de l’électricité produite par la province, affirme M. Martel.

Le PDG rappelle qu’il faut voir la situation comme une occasion d’exploiter stratégiquement les installations actuelles; comme barrages, mais aussi les éoliennes sur lesquels le Québec a énormément misé au cours des deux dernières décennies.

« Collectivement, ce qui est le plus payant pour nous [les Québécois] c’est d’exporter l’électricité parce qu’on a un meilleur revenu que si on l’utilise », conclut Éric Martel.