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Quelle protection pour la gestion de l'offre?

Le système de gestion de l'offre est là pour de bon, martèle le Parti conservateur. Mais cela ne semble pas suffisant pour apaiser les craintes de nombreux producteurs qui redoutent la signature d'un accord de libre-échange avec des pays de la zone pacifique. Quelle protection les conservateurs sont-ils prêts à accorder à ce système?

Un texte de Gaétan Pouliot

« C'est une négociation avec 11 pays où tous les secteurs économiques sont sur la table. On s'est engagé à protéger la gestion de l'offre et on va la protéger jusqu'au bout. C'est ce qu'on fait depuis 2006 », a dit mercredi le candidat conservateur Denis Lebel à Saint-Raymond, dans la région de Québec.

Mais s'engage-t-il à défendre « l'intégralité » du système?, lui a demandé Radio-Canada. « On a dit qu'on protégerait la gestion de l'offre », s'est-il contenté de répondre.

Pour écouter la réponse de Denis Lebel, cliquez ici.

La signature en 2013 d'un accord de libre-échange avec l'Union européenne n'est pas étrangère aux craintes de nombreux producteurs. L'entente, qui n'est pas encore en vigueur, autorise l'importation de plus de 17 000 tonnes de plus de fromages européens... malgré le système de gestion de l'offre.

Les fromagers et les producteurs de lait canadiens craignent par conséquent une baisse de leurs ventes et des pertes annuelles de quelque 300 millions de dollars.

Le gouvernement fédéral s'est de son côté engagé à les dédommager.

Des compensations sont d'ailleurs envisageables pour les producteurs si le Partenariat transpacifique est signé. « S'il y a des pertes dans votre ferme ou lors de la transformation, vous serez dédommagé », a dit le ministre de l'Agriculture sortant Gerry Ritz, lors d'un débat à Winnipeg mercredi, ne fermant pas la porte à une hausse des importations de produits protégés par la gestion de l'offre.

Québec insiste pour le maintien intégral de la gestion de l'offre

Pour le ministre de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations du Québec, Jacques Daoust, le fait d'offrir des compensations aux producteurs laitiers équivaudrait à « un aveu d'échec ».

« Une compensation, c'est un genre de paiement parce que tu as perdu. C'est une espèce d'assurance sociale corporative, je ne veux pas ça », a-t-il lancé.

Le ministre Daoust assiste, avec son collègue à l'Agriculture, Pierre Paradis, à la ronde de négociations qui se déroule à Atlanta; selon lui, les producteurs laitiers du Québec ont raison de qualifier de « catastrophe » une éventuelle ouverture accrue du marché canadien aux produits laitiers américains dans le cadre du PTP.

En revanche, M. Daoust estime que le Québec et le Canada ne pourraient se permettre d'être exclus de cette entente.

Jacques Daoust affirme avoir insisté sur l'importance de maintenir la gestion de l'offre dans son intégralité lors d'une rencontre avec le ministre fédéral du Commerce international, Ed Fast.

Le NPD à la défense de la gestion de l'offre

Le chef néo-démocrate, Thomas Mulcair, dit pour sa part être inquiet des négociations entourant la conclusion du Partenariat transpacifique - qui se déroulent en pleine campagne électorale.

Il craint que le gouvernement ne fasse des concessions dans les domaines de la gestion de l'offre.

« Le système de gestion de l'offre est quelque chose qui a permis aux familles canadiennes et québécoises de maintenir leurs fermes depuis des générations », a-t-il soutenu lors de son passage à Iqaluit, au Nunavut.

« Je suis très inquiet de ce que M. Harper veut mettre sur la table », a-t-il ajouté, estimant qu'il ne pouvait pas commenter davantage puisqu'il ne connaît pas la teneur des discussions.

Ottawa peut-il négocier en campagne électorale?

Le ministre des Finances sortant, Joe Oliver, s'est défendu de négocier à moins d'un mois d'un possible changement de gouvernement. Le gouvernement conservateur a le droit de participer à ces négociations malgré la campagne électorale, estime-t-il.

« Quand il y a un dossier d'importance ou un dossier urgent dont le gouvernement doit s'occuper pour l'intérêt national, il est approprié que le gouvernement s'en occupe. Et c'est certainement le cas, ici », a-t-il dit, lors d'un point de presse dans la circonscription d'Eglinton-Lawrence, en Ontario, où il se représente.

Selon la « convention de transition », qui limite les activités gouvernementales en période électorale, le parti au pouvoir doit discuter avec les partis d'opposition des dossiers susceptibles d'avoir un impact important sur les futurs gouvernements.

Le ministre a refusé de dire si le Parti conservateur avait consulté ses adversaires au sujet des pourparlers.

« Ce gouvernement ne m'a jamais approché avec des suggestions ou des questions sur le [Partenariat transpacifique] », a affirmé le chef libéral Justin Trudeau.

« Le problème avec Stephen Harper, comme d'habitude, c'est que tout se fait en catimini », a pour sa part dit Thomas Mulcair, ajoutant que Stephen Harper « patine » sur ce sujet.

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