Le Canada fait face à une pénurie de pilotes de ligne qui touche de plus en plus l'industrie et qui pourrait avoir des conséquences négatives pour les passagers.

Selon un rapport qui sera publié bientôt par le Conseil canadien de l’aviation et de l’aérospatiale, les départs à la retraite et la croissance constante de l’industrie créeront un manque de 6000 pilotes au Canada d’ici 2036.

« C’est un problème majeur pour l’industrie et cela s’accentue chaque année », s’alarme le président de l’Association du transport aérien du Canada, John McKenna. « Les plus petits transporteurs ressentent la pénurie depuis plusieurs années, mais depuis deux ans, l’inquiétude a gagné les compagnies aériennes plus importantes. »

La situation pourrait encore s’accentuer avec la mise en place de nouvelles lignes directrices sur la fatigue des pilotes. Selon l’Association, ces nouvelles règles pourraient forcer les transporteurs à recruter un tiers de plus de pilotes.

La compagnie ontarienne Bearskin Airlines n’a pas encore eu à annuler des vols, mais la possibilité devient de plus en plus réelle chaque jour. En mars, le transporteur a perdu 10 de ses 50 pilotes au profit de compagnies nationales.

« Ça rend le calendrier plus serré, nous devons payer des heures supplémentaires », déplore le directeur des opérations, Trevor Gavinchuk.

La pénurie se fait sentir jusque dans les écoles de pilotage. Depuis trois semaines, l’école Super T, à Medicine Hat, cherche un instructeur expérimenté, mais pas un seul candidat ne s’est présenté. La pénurie généralisée de pilotes de ligne a créé un cercle vicieux qui nuit à toute l’industrie, selon la propriétaire de l’école de pilotage, Terri Super.

« Les lignes aériennes n’arrivent pas à obtenir des candidats d’expérience. Donc, ils vont recruter chez les transporteurs régionaux. Ces derniers n’arrivent pas à garder leur personnel, donc, ils vont se servir dans les écoles de pilotage, ce qui veut dire qu’il n’y a plus d’instructeurs pour former la nouvelle génération », dit Mme Super, pour qui la situation est intenable.

Annulation de vols

Les écoles forment ainsi en moyenne 600 pilotes chaque année, d’après les données du consultant en aviation Mike Doiron. L’excellence de la formation canadienne attire toutefois beaucoup d’étrangers, qui retournent ensuite travailler dans leur pays. M. Doiron estime la fuite des pilotes à 40 % des diplômés.

Si le problème persiste, les conséquences sont simples, dit M. Doiron : les prix des billets augmenteront.

John McKenna ajoute aussi que les petites communautés risquent d’en pâtir. « S’il y a moins de pilotes, il y a moins d’avions et, donc, moins de trajets et des coûts en hausse sur les autres. Cela va avoir un effet accru sur les petites communautés qui sont desservies par des transporteurs régionaux », affirme M. McKenna.

Une profession moins prestigieuse

La solution se trouve dans une approche collaborative pour rendre la profession plus attirante, selon l’Association du transport aérien du Canada.

Terri Super constate que la profession a perdu de son aura depuis plusieurs années. La formation peut coûter jusqu’à 75 000 $, estime-t-elle, et il faut plus de trois ans pour acquérir assez d’heures de vol pour obtenir les emplois les plus convoités.

L’Association espère aussi attirer plus de femmes dans l’industrie.

D’après les informations de Kyle Bakx, CBC News

Plus d'articles