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Réforme fiscale de Donald Trump : plus de croissance, plus d'inégalités

ANALYSE - Le Fonds monétaire international (FMI) établit les choses telles qu'elles sont : les baisses d'impôt de Donald Trump vont stimuler l'économie à court terme, merci beaucoup, le Canada pourrait en bénéficier! Elles vont cependant accroître les inégalités, augmenter les déficits commerciaux et alourdir la dette. Donc, ce qui apparaît positif à court terme ne le sera plus du tout dans quelques années. Explications.

Un texte de Gérald Fillion

Le FMI revoit sa prévision de croissance du PIB pour les États-Unis en la faisant passer de 2,3 % à 2,7 % cette année et de 1,9 % à 2,5 % en 2019. L’une des raisons qui expliquent cette accélération, c’est « l’impact macroéconomique attendu de la réforme fiscale ».

Selon le FMI, les baisses d’impôt des républicains « devraient contribuer à la croissance jusqu’à la fin de 2020, si bien que le PIB réel américain sera d’ici 2020 supérieur de 1,2 % à ce qu’il serait sans les modifications de la politique fiscale ».

Cela dit, la croissance sera plus faible que prévu par la suite parce que certaines mesures de la réforme fiscale sont temporaires et viendront alors à échéance. Cela affectera les ménages à revenus faibles et moyens, alors que les plus riches continueront de bénéficier des baisses d’impôt de l’administration Trump. De plus, le gouvernement américain devra s’attaquer à l’alourdissement de ses déficits et de sa dette avec des compressions qui devraient ralentir l’économie.

Les entreprises jouent le jeu

Plus de 200 entreprises ont décidé d’offrir des bonis ou différents avantages à leurs employés à la suite de la baisse d’impôt accordée aux entreprises. Par exemple, des primes de 2000 $ US sont offertes aux travailleurs d’Apple, des bonis allant jusqu’à 1000 $ US chez Walmart et à la Bank of America. Ces cadeaux vont stimuler l’économie, mais il s’agit d’un boni unique, qui ne sera probablement pas répété l’année prochaine.

Ces annonces de primes et bonis représentent surtout un bon coup de marketing pour les entreprises, d’autant que cette mesure n’est pas très coûteuse pour elles. Le New York Times rapporte, par exemple, que les bonis vont coûter 145 millions de dollars américains à la Bank of America en 2018 alors que l’institution devrait épargner, avec la baisse d’impôt, jusqu’à 2,7 milliards.

Apple va profiter d’un taux d’impôt préférentiel unique pour rapatrier des profits de l’étranger, une économie de 40 milliards de dollars en impôts. Les cadeaux fiscaux aux employés vont coûter à la multinationale la modique somme de 300 millions de dollars.

Inégalités, automatisation et incohérence

À court terme donc, la baisse d’impôt amène la croissance du PIB près de 3 %. Mais, à moyen et à long terme, les effets de la réforme fiscale pourraient se renverser. Surtout, les baisses d’impôt vont contribuer à une augmentation, encore, des inégalités, au profit des plus riches et au détriment des moins fortunés.

De plus, des entreprises prévoient se servir de l’impôt épargné pour racheter des actions, ce qui va favoriser essentiellement les investisseurs. La baisse d’impôt se traduira ainsi par une forte augmentation des dividendes liés aux placements et non pas par des investissements économiques, stimulateurs de richesse pour tous. En fait, la baisse d’impôt pourrait accélérer l’automatisation des activités économiques, un phénomène qui va générer des pertes d’emplois.

Bref, tout cela veut dire que le raisonnement de l’administration américaine ne tient pas la route. Donald Trump a fait campagne en promettant de protéger les travailleurs américains victimes de la mondialisation. Or, la réforme fiscale va profiter, à moyen et à long terme, aux mieux nantis. Et la croissance économique découlant des baisses d’impôt « devrait accroître les importations et creuser le déficit des transactions extérieures courantes », selon le FMI.

Tiens donc! Les politiques du président vont possiblement amplifier les déficits commerciaux, alors que Donald Trump ne cesse de dire que ces déficits sont inacceptables et mauvais pour l’économie américaine.