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Rendez-vous loup-marin aux Îles : entre tradition et modernité

La chasse aux phoques est inscrite dans les gènes des habitants des Îles-de-la-Madeleine. Chaque année, le Rendez-vous loup-marin est l'occasion de renouer avec cette tradition, mais aussi d'actualiser ce savoir-faire ancestral, entre autres, par la cuisine et l'art.

Un texte de Brigitte Dubé, d'après des entrevues réalisées par Isabelle Lévesque et Maude Rivard

Parmi cette pléiade d’activités, le souper gastronomique est un événement marquant.

Samedi soir, à l’auberge La Salicorne, les convives auront la chance de redécouvrir le goût du loup-marin à travers la créativité des réputés chefs Daniel et Raphaël Vézina, père et fils. Ils travaillent avec le chef madelinot Jacques Leblanc.

Daniel Vézina s’intéresse à la viande de loup-marin depuis deux ans. « Elle est très intéressante, estime-t-il. Elle peut remplacer le bœuf puisqu’elle est aussi protéinée, plus maigre et riche en fer. On a fait des recherches pour savoir comment la mettre en valeur. »

Daniel Vézina va notamment marier la viande de phoque avec un beurre d’algues, avec un foie gras ou encore avec des pétoncles. Une autre recette intègre un confit de baies nordiques.

Avec lui, la viande de phoque devient un produit d’exception qui permet à la cuisine québécoise de se distinguer.

« C’est un peu frustrant de voir que les journalistes étrangers nous parlent encore du sirop d’érable et de la poutine. On aime bien parler d’autre chose que de la cuisine traditionnelle », ajoute le chef.

Parallèlement, le Rendez-vous loup-marin permet de perpétuer une autre tradition : les croxignoles. Les Madelinots sont friands de cette pâte à beignes tressée d’une façon typique et cuite dans l’huile de loup-marin.

Quand la tradition s’actualise avec l’art

L’art trouve aussi sa place au Rendez-vous loup-marin. Le centre d'artistes en art actuel des Îles-de-la-Madeleine AdMare en profite pour ouvrir la programmation de l'espace Colis suspect aux métiers d'art d'expression avec un nouveau programme de résidence-exposition : les Excursions.

Le premier artiste invité est l'artiste madelinot Claude Bourque. Une quarantaine de personnes ont assisté au vernissage de son exposition samedi. Son œuvre s'intitule Baignade interdite.

Dans sa pratique, le sculpteur crée ses oeuvres à partir d'os de baleine auxquels il intègre du cuivre et du bois. Ayant participé à la nécropsie de baleines noires échouées cet été, il a rencontré des scientifiques et des vétérinaires. Il se dit interpellé par la problématique qui naît de l’interrelation entre les mammifères marins et les humains qui vivent de l’industrie de la pêche.

Son œuvre est faite entre autres des 12 dernières vertèbres d’une queue de globicéphale noire (une petite baleine). Elle est montée sur une boîte transparente où se trouvent d’anciens engins de pêche, des câbles, des filets, des bouteilles de plastique.

« Ironiquement, signale Claude Bourque, le phoque gris, lui, est en surpopulation et on boycotte les produits du phoque dans le monde. Ils sont très voraces et détruisent les engins de pêche. C’est une autre problématique énorme. »

Jusqu’au samedi 10 mars

Le Rendez-vous loup-marin est aussi un moment privilégié pour faire le point sur l’industrie de la chasse. Diverses conférences y sont présentées, notamment sur l’industrie du loup-marin et ses opportunités ou sur les défis du commerce international.

Jeudi, on a rendu hommage à deux pionniers, soit Spencer Chenell, un chasseur de l'Île-d'Entrée et Yoanis Menge, photographe devenu chasseur de phoques pour mieux comprendre ce milieu assez hermétique pour un insulaire d’adoption.

Pour la coordonnatrice du Rendez-vous loup-marin, Céline Lafrance, il est important de redonner la fierté aux Madelinots. « Avec le vaste mouvement qui condamne la chasse aux phoques, les gens n’osaient plus en parler », déplore-t-elle.

Il s’agit du neuvième Rendez-vous loup-marin. Les activités se poursuivent jusqu’au 10 mars.

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