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Renégociation de l'ALENA : Couillard optimiste

Le premier ministre québécois s'est dit rassuré par le ton sur lequel le président américain a parlé de la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), mais il a affirmé qu'il resterait vigilant.

Donald Trump a laissé entendre, lundi, en marge d’une rencontre avec le premier ministre canadien Justin Trudeau, que la renégociation de l’ALENA devrait, dans son esprit, entraîner des ajustements mineurs, pour la portion des échanges effectués à la frontière canado-américaine.

Philippe Couillard a estimé mercredi, lors d’un point de presse tenu à la suite d'un entretien avec le nouveau gouverneur du Vermont, Phil Scott, que les propos du président américain étaient rassurants.

Le premier ministre québécois a aussi rappelé que depuis l’élection de Donald Trump, le Québec avait décidé d'accentuer sa présence aux États-Unis, pour y conserver ses parts de marché, et qu'il n'était pas question de changer de stratégie.

On soupçonnait que le Canada n'était pas la cible principale des ambitions de révision de M. Trump, mais de l'entendre parler d'ajustements, c'est pour nous rassurant.

Philippe Couillard

Entré en fonction en janvier, le gouverneur Scott, un républicain qui n'a cependant pas appuyé la candidature de M. Trump, a choisi de faire sa première sortie à l'étranger au Québec.

Il a dit espérer que l'élection de l'administration Trump n'affecterait d'aucune façon « la relation privilégiée que nous avons avec le Québec » sur le plan économique et énergétique. Le Vermont a signé, notamment, un contrat à long terme d'achat d'électricité à Hydro-Québec.

Les échanges commerciaux entre le Québec et le Vermont atteignent 4,5 milliards de dollars.

Optimisme prudent de l'ambassadeur du Canada à Washington

Pour sa part, l'ambassadeur du Canada à Washington, qui était présent lundi lors du sommet entre Donald Trump et Justin Trudeau, affiche un optimisme prudent face à l'allure que prendra l’ALENA une fois renégocié.

David MacNaughton a précisé mercredi que les discussions de lundi avaient essentiellement porté sur des modifications à l'ALENA qui seraient bénéfiques aussi bien pour le Canada que pour les États-Unis. Cette prémisse, a-t-il soutenu, était déjà bien établie lors des discussions préliminaires menées en haut lieu à la Maison-Blanche depuis quelques semaines, et même avec l'équipe de transition de Donald Trump depuis l'élection présidentielle de novembre.

Le président américain a conclu son entretien avec le premier ministre Justin Trudeau, lundi matin, en indiquant qu'il ne souhaitait que « fignoler » l'ALENA.

L'ambassadeur MacNaughton met toutefois un bémol, en rappelant qu'on ne sait toujours pas ce que l'administration Trump veut « fignoler » exactement, puisque le secrétaire américain au Commerce et le représentant au Commerce des États-Unis n'ont pas encore été confirmés dans leurs fonctions par le Congrès.

L'affaire des « liens russes », qui a éclaté cette semaine à Washington, risque de retarder encore les nominations de Wilbur Ross et de Robert Lighthizer à ces postes qui seront névralgiques dans la renégociation de l'ALENA.

« On se trouve un peu à boxer en solitaire pour l'instant », a résumé l'ambassadeur canadien, de passage mercredi à Toronto.

Conserver la gestion de l’offre

À propos des ajustements éventuels à l'ALENA, M. Couillard a rappelé que le Québec tenait absolument à conserver le système de gestion de l'offre en agriculture et souhaiterait que le dossier du bois d'œuvre soit intégré à l'accord.

La gestion de l'offre, « qui pour nous est absolument capitale », a-t-il soutenu, protège le marché des producteurs québécois de lait, d'œufs et de volaille.

Le président Trump devra passer par le Congrès s'il veut apporter des modifications importantes à l'ALENA. Or, cette étape implique des consultations publiques au cours desquelles les entreprises américaines viendront présenter en commissions leurs attentes et leurs doléances.

Les critiques les plus souvent entendues aux États-Unis sur les pratiques commerciales canadiennes concernent le système de gestion de l'offre dans les secteurs du lait, du fromage et de la volaille, les restrictions sur la vente d'alcool, les règles plus strictes sur le commerce hors taxes, ou les limites imposées à la concurrence étrangère dans les télécommunications et la radiodiffusion.

Dans ce contexte, il est difficile - même pour Donald Trump - de ne promettre d'ores et déjà que du « fignolage », estime l'avocat torontois spécialiste en droit commercial Mark Warner.

Le Québec présent aux États-Unis

Quoi qu'il arrive, en ces temps d'incertitude économique, le Québec va « demeurer actif » sur le plan des échanges commerciaux avec ses voisins du sud, a-t-il promis, s'engageant « à être très présent aux États-Unis », surtout dans les États de la Nouvelle-Angleterre.

Pour augmenter ses chances de conserver son accès privilégié au marché des États-Unis, le gouvernement Couillard a fait appel à l'ex-ambassadeur canadien Raymond Chrétien dans le dossier du bois d'œuvre, et, plus récemment, à l'ex-ministre des Finances Raymond Bachand, dans celui du libre-échange.

Toujours dans le but de stimuler les échanges commerciaux entre les deux pays, M. Couillard a annoncé mercredi la tenue, en mars à Montréal, d'un événement réunissant les gens d'affaires québécois et ceux de la Nouvelle-Angleterre.

Buy American Act

Le premier ministre Couillard s'est distancié des mesures protectionnistes américaines comme le « Buy American Act », qui empêche les entreprises étrangères de présenter des soumissions pour des projets américains d'infrastructures, réaffirmant sa position en faveur de l'ouverture des marchés.

« L'ouverture des marchés crée l'emploi. La fermeture des marchés détruit l'emploi », a-t-il résumé, ajoutant qu'il était encore trop tôt pour évaluer l'impact sur l'économie québécoise du style d'administration adopté par M. Trump.

L'ambassadeur du Canada à Washington se veut optimiste concernant le Buy American Act, car, dans leur déclaration commune, lundi, les deux administrations ont indiqué qu'« en raison de notre intérêt commun à l'égard des investissements en infrastructure, nous encouragerons toute occasion pour les entreprises des deux pays de créer des emplois grâce à ces investissements ».

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