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Renégociation de l'ALÉNA : le secteur de l'auto pourrait être clé

Le secteur automobile n'a pas été évoqué spécifiquement en juillet dans la liste des objectifs de la Maison-Blanche en vue de la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Certains responsables canadiens craignent néanmoins que cette question soit au coeur même des exigences américaines, et qu'elle sera décisive pour la conclusion d'une entente -- ou l'échec des négociations.

Le président Donald Trump, rappelle-t-on, a mené l'an dernier une campagne vigoureuse, voire hargneuse, contre l'ALÉNA, qu'il a qualifié de « pire accord commercial de toute l'histoire des États-Unis ». Il a frappé inlassablement sur le clou populiste de « l'exode des industries manufacturières » -- notamment les usines des trois grands de l'auto (GM, Ford et Chrysler) et les manufactures de pièces automobiles, vers le Mexique.

Dans les 14 États américains qui vivent notamment de ce secteur, 12 ont appuyé le candidat Trump à la présidentielle.

Des responsables canadiens croient que pour conclure un nouvel ALÉNA, M. Trump voudra clamer victoire dans le secteur de l'auto. Et ils estiment que cette victoire sera remportée grâce à un resserrement des normes du travail et des standards environnementaux, afin de minimiser les avantages concurrentiels du Mexique.

Là-dessus, toutefois, les Canadiens sont sur la même longueur d'onde que les Américains. Le syndicat Unifor, qui représente les travailleurs canadiens de l'auto, rappelle que depuis l'entrée en vigueur de l'ALÉNA en 1994, quatre usines d'assemblage au Canada et 10 aux États-Unis ont été fermées, alors que huit autres ont été construites au Mexique.

Par ailleurs, le Mexique achète 8 % des véhicules construits en Amérique du Nord, alors qu'il compte pour 45 % de la main-d'oeuvre dans cette industrie. Le déficit commercial du Canada avec le Mexique dans ce secteur est passé de 1,6 milliard de dollars avant l'ALÉNA à 8,7 milliards aujourd'hui, toujours selon Unifor.

Or, les travailleurs mexicains de l'auto gagnent environ 4 $ l'heure, comparativement à 30 $ ou 35 $ au Canada et aux États-Unis.

Par conséquent, le « rééquilibrage des forces » dans cette industrie, afin que chaque partenaire puisse tirer sa juste part des emplois et des investissements, « pourrait bien constituer la pièce majeure du casse-tête » lors de la renégociation de l'ALÉNA, croit le président d'Unifor, Jerry Dias.

Les règles d'origine

La Maison-Blanche n'a certes pas évoqué spécifiquement cette question dans ses objectifs, mais elle souhaite tout de même des règles d'origine plus strictes et un renforcement des normes du travail et des standards environnementaux -- des mesures qui ont toutes des impacts directs sur le secteur de l'auto.

Unifor appuie ces objectifs, notamment en matière de règles d'origine des véhicules automobiles : le syndicat souhaite que le contenu minimum nord-américain passe de 62,5 % à au moins 70 %, afin qu'un véhicule soit considéré « hors taxes » pour la vente en Amérique du Nord. On vise ainsi à forcer les constructeurs automobiles européens et asiatiques -- et les fabricants chinois de systèmes électroniques -- à construire plus d'usines en Amérique du Nord.

Les constructeurs, par contre, sont opposés à une augmentation des règles d'origine -- « déjà les plus élevées de tous les accords commerciaux dans le monde ». Ils soutiennent que tout changement déstabilisera une chaîne d'approvisionnement extrêmement bien intégrée à l'heure actuelle, et réduira du coup les avantages concurrentiels de cette intégration bien huilée.

David Paterson, vice-président de General Motors du Canada, rappelait à un comité des Communes en mai qu'un véhicule construit en Amérique du Nord peut franchir jusqu'à sept fois les frontières tout au long de sa fabrication. La traçabilité de chacune des pièces requiert beaucoup de temps et d'énergie : il faudrait réduire la paperasse plutôt que l'augmenter, plaidait M. Paterson.

À ce chapitre, le gouvernement semble assez d'accord avec l'industrie. Des hauts fonctionnaires ont avoué, sous le couvert de l'anonymat, qu'Ottawa miserait davantage sur les normes du travail et environnementales pour rééquilibrer le secteur de l'auto. On ne souhaite pas nuire au Mexique, mais plutôt tenter l'émulation, à moyen terme.

L'ALÉNA actuel comprend certains accords connexes sur les normes du travail et l'environnement, mais il s'agit essentiellement d'objectifs et de cibles.

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