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Retrait de Shell en Alaska : la course aux ressources de l'Arctique plus complexe que prévu

L'Arctique est-il l'eldorado des ressources pétrolières et gazières que souhaitent certains pays? La suspension des activités de forage de Shell au large de l'Alaska relance le débat sur le développement de ce grand territoire, un enjeu très cher au gouvernement Harper.

Un texte d'Étienne Leblanc, chroniqueur au Grand Montréal

C'est un dur coup pour Shell. Le géant pétrolier anglo-néerlandais comptait beaucoup sur cette zone pour assurer sa croissance à long terme. Au cours de la dernière décennie, la compagnie a acheté à grands frais des permis d'exploration dans la mer de Beaufort et dans la zone des Tchouktches, à hauteur de près de 10 milliards de dollars canadiens.

Territoire hostile

La chute récente des prix du pétrole n'explique pas à elle seule le retrait de Shell en Alaska. La principale compagnie pétrolière de l'Europe est présente en Arctique depuis au moins une décennie.

Les premiers investissements ont été réalisés au début des années 2000, quand le prix du baril a commencé à dépasser les 50 $US, sans que personne ne sache précisément la quantité d'énergie fossile qui dormait sous la banquise.

Ils se sont accélérés à partir de 2008, après que l'US Geophysical Survey (USGS) eut dévoilé une étude qui affirmait que l'Arctique (surtout en Alaska et en Russie) recelait près de 15 % des ressources mondiales non découvertes de pétrole et 30 % de celles de gaz naturel. Mais la réalité a rapidement rattrapé les pétrolières.

« L'Arctique est un territoire hostile, les tempêtes sont fréquentes, les vagues sont grosses, les zones à explorer sont profondes, et c'est loin, très loin », dit le chercheur Joël Plouffe, un expert de l'Arctique pour le Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec (CIRRICQ).

Shell l'a d'ailleurs appris à ses dépens en 2012, quand, en pleine tempête, une de ses plateformes de forage s'est détachée et échouée sur une plage d'Alaska. Le remorquage a duré une semaine.

Bien entendu, la chute actuelle des cours du pétrole n'aide en rien. Après avoir investi des milliards de dollars dans son premier projet de forage, Shell juge qu'à moyen terme, le jeu n'en vaut pas la chandelle. Mais ce n'est que partie remise, croit Joël Plouffe :

À qui l'Arctique?

La souveraineté sur le territoire Arctique est un enjeu très cher à Stephen Harper. Mais qui pourrait le lui reprocher? La fonte de la banquise ouvre ce vaste territoire à toutes les convoitises.

Depuis 1980, le couvert de glace perd grosso modo 10 % de sa superficie chaque décennie. Et depuis 2007, le phénomène s'accélère. Une situation qui ne risque pas de s'améliorer en 2015, qui est en voie de devenir l'année la plus chaude de l'histoire récente, selon les analyses de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA).

Conséquence de ce phénomène : les projets de développement se multiplient.

En prévision d'un trafic maritime croissant, le gouvernement canadien construit actuellement un port en eau profonde sur la pointe nord de la Terre de Baffin, à Nanisivik, un projet de plus de 100 millions de dollars.

Dès 2016, avec 3000 personnes à son bord, le premier bateau de croisière devrait traverser le légendaire passage du Nord-Ouest, qui relie les deux côtes du continent nord-américain par le nord. Problème : la propriété du territoire que traverse ce corridor maritime est contestée.

Cet été, dans le but d'affirmer sa souveraineté sur le territoire, le gouvernement Harper a lancé sa deuxième mission scientifique pour cartographier les fonds marins. Une vaste opération maritime pour étoffer son dossier de revendication dans des zones que convoitent également le Danemark et la Russie.

« Chinarctique »

Depuis quelques années, un nouveau joueur a fait son apparition dans le grand échiquier que représente l'Arctique : la Chine. Bien qu'elle n'ait aucune frontière commune avec la zone nordique, elle se fait entendre.

On parle de la Chinafrique pour illustrer le très grand intérêt que portent les investisseurs chinois aux ressources de l'Afrique. On parle désormais de la Chinarctique.

« La Chine est un des pays qui investit le plus dans la science des changements climatiques en Arctique. Le nombre d'experts chinois qui travaillent sur la question est impressionnant », dit Joël Plouffe.

« Les Chinois voient un potentiel économique évident en Arctique, et ils sont très sérieux ».

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