Tous les partis politiques ont fait des promesses pour mieux protéger les sièges sociaux du Québec, mais elles ne se sont pas vraiment concrétisées.

  Une analyse de Gérald Fillion

Nicolas Marceau, ministre des Finances de 2012 à 2014, avait formé un comité pour arriver à des solutions visant à mieux protéger les fleurons du Québec. Le PQ avait promis la création d'un fonds à la Caisse de dépôt pour contrer les offres d'achat de groupes étrangers. Le PLQ a même évoqué en 2014 la possibilité de puiser dans le Fonds des générations pour protéger les sièges sociaux. Beaucoup de paroles, peu d'actions.

Aujourd'hui, l'américaine Lowe's achète la québécoise Rona. Veut acheter, doit-on dire, parce que les actionnaires ont le dernier mot. Mais, dans la réalité, les conseils d'administration des deux entreprises ont approuvé la transaction. On imagine que la Caisse de dépôt, propriétaire d'environ 15 % des actions de Rona, a été consultée à propos de la transaction qui est annoncée aujourd'hui.

Et, toujours dans la réalité, le Québec perd un autre siège social. Un siège canadien à Boucherville, tel qu'il est proposé dans la transaction, c'est tout de même un sous-siège, celui qui dépend du vrai bureau de décisions aux États-Unis.

L'histoire nous a bien appris que les compensations, annoncées comme de bonnes nouvelles, s'évanouissent avec le temps. Alcan, la Bourse de Montréal, Provigo, et j'en passe, tous ces sièges ne sont plus que l'ombre de ce qu'ils ont été dans le passé. Vendre à un groupe extérieur, c'est indéniablement la perte d'une expertise, d'un centre de décisions, c'est névralgique et important.

Quand il est question des sièges sociaux, le président de l'Institut sur la gouvernance, Yvan Allaire, est éclairant. Il pose la question très simple, que plusieurs États américains se sont posée au fil du temps : est-ce que le seul intérêt des actionnaires compte dans une telle transaction? Ou faut-il tenir compte d'autres intérêts, essentiellement économiques? Les emplois, le centre de décisions, les fournisseurs, les clients?

Avec la chute du dollar canadien, il devient diablement intéressant pour des entreprises américaines d'acheter des intérêts canadiens. À quand la vente de Bombardier à Boeing? Et la vente de Metro à un géant américain? À quand la vente de Dollarama, CAE, Garda, SNC-Lavalin? Qui reste-t-il à acheter, dites-nous, après Alcan, le Cirque et Rona?

Comprenons-nous bien : la vente de Rona est peut-être une excellente transaction. Mais est-ce dans l'intérêt de tous, pas seulement des actionnaires des deux entreprises?

Qu'en pensez-vous?