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RPC / RRQ : pourquoi le Québec dit-il non à la réforme Morneau?

Le Québec a choisi de ne pas adhérer à l'entente conclue à Vancouver lundi entre les ministres des Finances. Cette entente prévoit une hausse de cotisations dès 2019 pour tous ceux et toutes celles qui cotisent au Régime de pensions du Canada.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

Ainsi, les Canadiens cotiseront au Régime de pensions sur leurs revenus se situant entre 3500 $ et 82 700 $ en 2024, alors que la fourchette s'établit actuellement entre 3500 $ et 54 900 $.

En conférence de presse mardi matin, le premier ministre Philippe Couillard a expliqué pourquoi le Québec a choisi de ne pas signer l'entente conclue lundi à Vancouver. Parmi les raisons invoquées : le poids des contributions supplémentaires sur les employeurs, la charge qu'entraîneraient des cotisations additionnelles pour les plus démunis et l'importance des coûts pour les employés et employeurs du Québec, soit 3,5 milliards de dollars de plus en contributions en 2024, à terme. Ce sont des raisons valables, qui ne sont toutefois retenues que par le Québec.

Cela dit, le Québec aurait voulu que le fédéral augmente le Supplément de revenu garanti pour aider les plus démunis et concentre ses hausses de cotisations et de rentes pour la classe moyenne. Il faut oublier la bonification pour les plus pauvres, mais le gouvernement prépare une réforme pour les personnes dont la rémunération se situe entre 27 500 $ et 82 700 $.

Les Québécois, « très bien préparés pour leur retraite »?

Maintenant, Philippe Couillard a ajouté une notion dans son point de presse, qui mérite d'être décortiquée. Il a dit : « On estime que 85 % des Québécois et des Canadiens sont très bien préparés pour leur retraite, de façon correcte. Donc, il y a un 15 % de la population, parmi les plus vulnérables qui sont particulièrement visés [...] dont il faut s'occuper. »

D'abord, il est surprenant d'entendre le premier ministre dire que 85 % des gens sont « très bien préparés pour leur retraite ». Il exagère. Les indicateurs sont beaucoup plus nuancés. Le premier ministre cite, en réalité, une étude sur laquelle la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante appuie son argumentaire dans son opposition à la bonification du Régime des rentes du Québec.

Cette étude a été publiée en 2014 par McKinsey & Company. Il est écrit que « 85 % des ménages québécois sont en bonne voie de maintenir ou d'augmenter leur niveau de vie à la retraite. »

Première nuance : il y a une distinction entre « très bien préparés » et « en bonne voie de ».

Deuxième nuance : cette statistique ne dit rien du niveau de vie au moment de la retraite et tient compte d'une réduction notable de ce niveau de vie dans le calcul, de 25 % à 40 % selon les niveaux de revenus entre la consommation enregistrée à 53 ans et celle prévue à 65 ans.* L'Institut de la statistique rapporte que « la prévalence du faible revenu est plus élevée lorsque la population atteint 60 à 64 ans. »

Troisièmement, plusieurs faits et enquêtes révèlent que la situation financière des Québécois est bien plus précaire que ne le laisse entendre le premier ministre :

  • 6 Québécois sur 10 n'ont pas de régime d'employeur;
  • seulement 35 % des travailleurs ont un régime à prestations déterminées offert par leur employeur et, de ce nombre, les deux tiers sont des employés de l'État ;
  • environ 4 Québécois sur 10 affirment, dans les sondages de la BMO qui sont effectués tous les ans, qu'ils dépendront « fortement » des revenus de la RRQ à la retraite.

Le Canada, loin de la moyenne de l'OCDE

Il faut ajouter également que, fondamentalement, un bon taux de remplacement des revenus de travail à la retraite se situe entre 50 % et 70 %. Selon les professeurs Michel Lizée et Ruth Rose, le taux de remplacement actuel au Canada est autour de 40 % en incluant la sécurité de la vieillesse, le Supplément de revenu garanti et les rentes. Avec la réforme annoncée lundi soir à Vancouver, on passera à environ 44 % pour le Régime de pension du Canada, loin encore de la moyenne de l'OCDE à 52,9 %.

« On doit constater, selon Michel Lizée et Ruth Rose, qu'il a fallu 50 années pour accoucher d'une réforme dont les principaux bénéficiaires vont être le gouvernement fédéral qui économisera sur le SRG versé à la classe moyenne et les institutions financières qui continueront à profiter des frais élevés pour la gestion des REER et des CELI. Cette réforme n'améliorera pas du tout le revenu des prochaines cohortes à prendre leur retraite et très peu celui des générations futures, surtout dans un contexte où les régimes à prestations déterminées, dans le secteur privé en particulier, sont appelés à disparaître avec la prolifération des clauses de disparité de traitement. »

Alors, s'il est légitime pour le Québec de ne pas vouloir augmenter les cotisations des moins nantis de la société, il n'est certainement pas bien avisé de sous-estimer le défi des finances personnelles à la retraite pour un grand nombre de Québécois.

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