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Salaire minimum : est-ce que des franchisés de Tim Hortons vont trop loin?

ANALYSE - Il est légitime de mener un débat argumenté sur la pertinence de faire grimper ou non le salaire minimum à 15 $ l'heure. Il est toutefois préoccupant de voir jusqu'où des restaurants de la chaîne Tim Hortons sont prêts à aller pour éponger les coûts d'une telle majoration.

Un texte de Gérald Fillion

Le gouvernement de l’Ontario a ouvert une enquête sur ce qu’aurait apparemment exigé de ses employés la direction d’un restaurant Tim Hortons de Scarborough, dans l'est de Toronto. Il semblerait que, depuis le début de l’année, il est demandé à ces travailleurs de ne pas récupérer leurs pourboires à la fin de leur quart de travail et de les laisser à la direction.

C’est totalement illégal, a dit le ministre ontarien du Travail, Kevin Flynn, lundi. Les patrons qui exigent une telle chose sont, a-t-il indiqué, de véritables intimidateurs.

Le salaire minimum en Ontario est passé de 11,60 $ à 14 $ l’heure le 1er janvier dernier, une hausse de 21 %. Il doit être porté à 15 $ le 1er janvier 2019.

Et c’est pour compenser cette hausse des salaires que le restaurant Tim Hortons de Scarborough aurait agi ainsi. C’est ce qui expliquerait aussi la décision d’autres entreprises de réduire les avantages sociaux de leurs employés et d’annuler les pauses-repas.

Débat légitime

À droite comme à gauche, des économistes sont d’avis que de faire grimper le salaire minimum à 15 $ l’heure n’est pas, dans tous les cas, bénéfiques. Il faut mesurer la vitesse d’augmentation, l’effet sur les secteurs où le salaire minimum est largement utilisé, le comparer au salaire médian ou moyen. Il y a de nombreux facteurs à considérer.

Plusieurs économistes ont évoqué la possibilité que des emplois ne soient pas créés ou soient perdus avec la hausse marquée du salaire minimum en Ontario. D’autres ont avancé que l’amélioration des conditions économiques des travailleurs allait grandement compenser les coûts supplémentaires pour les entreprises.

Le débat se poursuit sur le salaire minimum à 15 $. Mais, entre-temps, il est primordial de rappeler aux entreprises qu’elles doivent respecter les lois et surtout – et il me semble que c’est un minimum – leurs employés!

L'entreprise Tim Hortons a d'ailleurs rappelé à ses franchisés l'importance de ne pas considérer leurs employés comme de « simples dépenses ».

32,5 millions de dollars pour les patrons

Tim Hortons fait partie de l’entreprise Restaurant Brands International depuis son regroupement avec la chaîne américaine Burger King. À son dernier trimestre, Restaurant Brands a rapporté un revenu de 1,208 milliard de dollars américains, une hausse de 12 % par rapport au même trimestre lors de l’exercice précédent. Le profit net a atteint 91,4 millions de dollars, en progression de 6 %.

Les ventes de Tim Hortons, durant ce trimestre, ont grimpé de 0,3 % dans les restaurants ouverts depuis plus d’un an, de 3 % quand on s’intéresse aux ventes totales internationales. Le nombre de restaurants a augmenté de plus de 4 %, passant de 4492 à 4680.

Le salaire du PDG de Restaurant Brands International, Daniel Schwartz, s’est établi à 6,2 millions de dollars américains en 2016. Celui du chef de la direction financière, Joshua Kobza, a dépassé les 14 millions de dollars en raison de l’attribution d’actions. Les cinq plus hauts dirigeants de la société ont touché 32,5 millions au cours du dernier exercice complet.

Il est difficile, en regardant ces chiffres, de croire que le modèle d’affaires d’une entreprise comme Tim Hortons soit si fragile au point de voir des franchisés couper dans les pauses et récupérer les pourboires. Dans les faits, Tim Hortons n’est pas une entreprise en difficulté financière.

Mais son modèle s’appuie sur des marges serrées puisque l’objectif de ce type de commerce est d’offrir un produit à très faibles coûts, le plus rapidement possible. L’entreprise contrôle ses dépenses, cherche à maximiser ses revenus et à augmenter sans cesse sa productivité.

Surtout, une entreprise comme Restaurant Brands International cherche à plaire à ses actionnaires. La pression boursière est forte, la rémunération incitative pour les grands patrons est alléchante et, donc, le groupe va tout faire pour maintenir et augmenter ses marges. Ça fonctionne assez bien puisque l’action a grimpé de 25 % depuis un an.

Bref, nous savons qu’une telle hausse n’est pas sans conséquence sur le modèle d’affaire de plusieurs entreprises. Mais quand on voit que les revenus, les profits et le cours de l'action augmentent chez Tim Hortons, et que des millions de dollars pleuvent sur les étages des grands patrons, la décence minimale n’est-elle pas, pour ses dirigeants, de s'assurer que ses franchisés laissent aux travailleurs leurs avantages sociaux, leurs pauses et leurs pourboires? Minimalement.

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