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SAQ : le syndicat dénonce l’augmentation du travail précaire

De nombreux employés de la Société des alcools du Québec (SAQ) ont de plus en plus de difficultés à payer leurs factures à la fin du mois. La proportion de travailleurs à temps partiel augmente et, au total, le nombre d'heures travaillées est en décroissance.

Un texte de Vincent Resseguier

La précarité est en croissance à la SAQ, dit le président du Syndicat des employé-es de magasin et de bureau de la SAQ, Alexandre Joly. Plus de 70 % des employés de succursales travaillent à temps partiel. D’après les calculs du syndicat, ils travaillent en moyenne 15 heures par semaine. Dans ces conditions, à la fin de l’année, ils gagnent à peine plus qu’un travailleur au salaire minimum à temps plein, malgré un salaire horaire de base de 19,33 $.

Conciliation travail-travail

Depuis quelque temps, la situation est intenable pour certains employés. Lorsque les horaires sont communiqués le jeudi, leur feuille de temps pour la semaine suivante (qui commence le dimanche) est vide ou presque. Il y a toujours l’espoir d’être appelé pour un remplacement de dernière minute. Le problème, c’est que le téléphone ne sonne pas toujours. Et quand il sonne, c'est de plus en plus souvent dans le vide.

Des employés à temps partiel sont en effet obligés de se trouver un deuxième, voire un troisième emploi pour boucler leurs fins de mois. En conséquence, leur disponibilité pour leur employeur principal diminue et ils ratent des occasions d'obtenir des quarts de travail. « La conciliation travail-travail devient un enjeu important au sein de l'entreprise », conclut M. Joly.

La convention collective autorise la SAQ à faire rentrer au travail des employés pour des quarts de travail d’une durée de 3 heures, 7 jours par semaine. « Théoriquement, un employé pourrait travailler seulement 3 heures par jour pendant une semaine, explique Alexandre Joly. Ce qui ferait seulement 21 heures et aucun jour de repos ». Selon des témoignages recueillis auprès d'employés qui veulent rester anonymes, ce genre de situation peut se produire à l’occasion.

De pire en pire

« La situation est très différente par rapport aux années 1980-1990, souligne M.Joly. À l’époque, la grande majorité des employés en succursales avaient une permanence. » Il explique que la situation s'est détériorée particulièrement depuis 2008, à cause d’un rapport de la firme PricewaterhouseCoopers sur l’optimisation des ressources, qui a recommandé de faire baisser le nombre d’heures travaillées pour améliorer la rentabilité de l’entreprise.

Selon M. Joly, la situation a empiré depuis que le gouvernement Couillard est au pouvoir. Pourtant, la SAQ continue d'obtenir des bénéfices records : 1,067 milliard de dollars pour la période 2015-2016. Le président du syndicat ne comprend pas pourquoi, dans un contexte où les ventes de la SAQ connaissent une croissance constante depuis une décennie, cela ne se traduit pas par de meilleures conditions pour ses membres.

La SAQ se comporte comme une entreprise en difficultés

Alexandre Joly, président du Syndicat des employé-es de magasin et de bureau de la SAQ,

Anne-Sophie Hamel de la Société des alcools du Québec réplique que « les horaires de travail des employés de succursales de la SAQ sont faits en fonction de la convention collective actuelle, signée il y a 7 ans ». Elle précise que la situation pourrait toutefois évoluer prochainement et que « tout changement souhaité au niveau des conditions de travail des employés sera discuté autour de la table de négociations ».

La convention de travail actuelle arrive à échéance le 31 mars prochain. Les négociations doivent débuter le 18 janvier et le syndicat a prévu d’accorder une place particulière aux employés à temps partiel dans les discussions. Plusieurs revendications sont déjà envisagées, comme l'annonce des horaires deux semaines à l’avance (contre une semaine actuellement), la reconnaissance de l’ancienneté ou l'accès aux avantages sociaux dont bénéficient les employés permanents.

En attendant le début des négociations, de nombreux employés à temps partiel restent à la maison pendant le mois de décembre, le plus achalandé de l’année. Une vieille disposition de la convention collective donne la priorité aux permanents pour effectuer les heures supplémentaires pendant la période des Fêtes.

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