Retour

Sauver l’ALENA en dépit des tweets menaçants de Trump

Pendant que le président des États-Unis brandit une nouvelle fois la menace de déchirer l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), les premiers ministres de l'Est du Canada et les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre sont unanimes à prôner une consolidation des échanges commerciaux entre les deux pays.

Les 11 dirigeants de la côte est du Canada et des États-Unis, réunis à Charlottetown, ont plaidé pour un renforcement du commerce bilatéral, malgré les coups de semonce répétés de Donald Trump qui planent, comme une épée de Damoclès, sur la renégociation en cours de l’ALENA.

« Les négociations ne se passent pas ici, elles ne se passent pas sur Twitter non plus; elles se passent dans les salles de négociation. La première rencontre a eu lieu et je pense qu’elle s’est déroulée dans un bon climat », a déclaré le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Pour lui, parvenir à un accord est « non seulement possible, mais c’est la seule option possible ». Relativisant les menaces de Trump, il se demande s’« il y a quelqu’un qui pense sérieusement qu’on peut disloquer l’espace économique nord-américain » ou encore « quelqu’un qui pense, aux États-Unis, que c’est dans l’intérêt économique et géopolitique des États-Unis de faire ça ».

« Le bon sens va prévaloir, la réalité va faire valoir ses droits et les neuf millions de travailleurs américains qui dépendent pour leur emploi du commerce vont s’exprimer. Les consommateurs américains qui commencent déjà à payer plus cher pour leur maison vont peut-être demander comment ça se fait que c’est en train d’arriver et demander des comptes pour ceux qui poussent pour des politiques qui font augmenter les prix », explique le premier ministre du Québec.

Même s’il s’attend à « des discussions difficiles », M. Couillard estime qu’« on ne gagne rien en participant à une rhétorique un peu inflammatoire », préférant « laisser ces commentaires de côté et [se] concentrer sur la substance ».

Même son de cloche chez le premier ministre de l'Île-du-Prince-Édouard, Wade MacLauchlan, hôte de la rencontre.

« Le but des négociations, c’est d’améliorer l’accord actuel. […] Déchirer l’accord actuel n’est pas une option réaliste. Ça ne va pas arriver », a-t-il martelé.

Tout en soutenant qu’il faut prendre au sérieux « le sentiment [négatif] envers les échanges commerciaux qui semble exister auprès de certains Américains », le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, se félicite du fait que les gouverneurs américains « comprennent l’importance » de ces échanges.

À l’issue de la rencontre, les premiers ministres de l'est du Canada et les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre ont adopté une résolution soulignant l'importance du commerce transfrontalier pour leur économie respective.

Le gouverneur du Connecticut, le démocrate Dannel Malloy, a dit espérer que le discours politique émanant de Washington n'empêchera pas de rafraîchir et de moderniser l'ALENA.

Son vis-à-vis du Vermont, le républicain Philip Scott, a indiqué pour sa part que les gouverneurs réalisent l'importance de la relation commerciale avec le Canada. Il a ajouté que le bon sens mènera à une entente mutuellement bénéfique.

Le gouverneur du Maine minimise les propos de Trump

Présent à la rencontre de Charlottetown, le gouverneur du Maine, Paul LePage, dit avoir parlé à Donald Trump à ce sujet, et que le président « croit vraiment à l'importance du libre-échange ».

Le gouverneur républicain, un allié du président américain, soutient que M. Trump est davantage préoccupé par le Mexique que par le Canada. « Je ne crois pas vraiment qu'il soit aussi préoccupé concernant le Canada qu'il puisse l'être à l'égard du Mexique », a-t-il affirmé.

Optimisme mesuré sur le bois d’œuvre

Au sujet des négociations sur le bois d’œuvre, les premiers ministres canadiens ont fait preuve d’un optimisme prudent quant à la conclusion d’une entente, mais ont laissé la porte ouverte à un recours aux tribunaux.

Tout en rappelant que les discussions se font au niveau fédéral, le premier ministre du Nouveau-Brunswick est d’avis que les dirigeants provinciaux et les gouverneurs présents à Charlottetown ont un rôle à jouer pour influencer les gouvernements fédéraux respectifs.

Pour lui, une entente demeure possible, mais « il ne faut pas être naïf », car le dossier est complexe et un arbitrage de la justice n’est pas écarté.

Philippe Couillard est lui aussi « confiant », tout en admettant que la partie canadienne fait face « au protectionnisme [américain] dans sa plus belle expression ».

« On veut une bonne entente », a ajouté le premier ministre du Québec, qui encourage la poursuite des négociations.

Offensive du gouverneur du Maine

De son côté, le gouverneur du Maine a proposé que les leaders réunis à Charlottetown unissent leurs forces autour du dossier du bois d'oeuvre. Paul LePage a suggéré la signature d’une lettre appuyant les exemptions de taxe frontalière sur le bois d'oeuvre pour le Canada atlantique et le Québec.

Selon M. LePage, la pression au sujet de cette taxe vient de la coalition américaine des producteurs de bois d'œuvre. Il affirme que si de nouvelles taxes frontalières demeuraient en place, les économies des deux côtés de la frontière subiraient des dommages collatéraux.

En juin, le département américain du Commerce a ajouté un droit préliminaire antidumping de 6,87 % sur l'industrie canadienne, pour une taxe frontalière moyenne d'environ 27 %.

Les trois autres provinces de l'Atlantique bénéficient d'une exemption, mais le Nouveau-Brunswick n'y a pas droit.

M. LePage croit que cet enjeu doit être résolu rapidement, soulignant que le Texas aura besoin de beaucoup de bois d'œuvre pour la reconstruction dans la foulée du passage de l'ouragan Harvey.

Plus d'articles

Commentaires